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 You were only in my way • Gatsen

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MessageSujet: You were only in my way • Gatsen   Mer 20 Jan - 0:23

You were only in my way

« Ca vous dérangerait de vous dépêcher un peu ? »
Le ton est sec, presque agressif. Sam n'a pas le temps d'être patiente aujourd'hui. Ou c'est plutôt qu'elle n'a pas la patience de prendre son temps, et encore moins de laisser le pauvre garçon prendre le sien pour apprendre à se servir de la machine à café. Excédée, elle soupire, pianote sur le bois du comptoir du bout de ses doigts. Elle doit se détendre. Elle le sait. Mais si c'était si facile, ça ce saurait aussi. Elle y arriverait déjà un peu mieux si ce gosse imbécile trouvait le moyen de lui servir son café. C'est pourtant pas la mer à boire.
Elle a un rendez-vous important cet après-midi. Sa carrière est loin d'être en jeu, mais la villa commandée par ce client pourrait bien lui permettre de dégager une marge non négligeable. Elle ne va très certainement pas cracher dessus. Pour ça, il faut que tout se passe correctement. Pour ça, il faudrait qu'elle soit un peu moins à crans. Si elle menace de bouffer le client, il risque de moyennement apprécier, quelle que soit la qualité des plans qu'elle lui proposera. Elle doit se détendre. Calme. Sereine. Posée.
« Hé ben quand même. » elle grogne, sans un regard pour le gamin qui la sert enfin. Pour la sérénité, on repassera. Au moins a-t-elle cessé de l'agresser en le hélant en travers du bistrot.

La tasse à café tient plus du dé à coudre qu'autre chose et un énième soupir exaspéré passe la barrière de ses lèvres. C'est bien la peine de les payer une blinde, leurs trucs. Elle ne râle pas à voix haute cette fois, pourtant. Pour ce genre de remarques, il vaut mieux qu'elle reste silencieuse. Ca lui permet de sourire un peu cyniquement face à sa propre mauvaise foi. Râler pour le prix d'un café quand sa Buggati est garée en vrac sur le parking de son entreprise à quelques rues d'ici … y'en a vraiment qui manquent pas d'air.

L'architecte essaie de se détendre un peu en attendant que le café refroidisse. Et puis elle se souvient de la raison initiale de son énervement. Elle se souvient de pourquoi elle n'arrête pas de grogner et d'incendier tout le monde depuis ce matin. Non. Depuis la semaine dernière. Parce que c'est facile de s'énerver pour rien, parce que ça détend de s'exaspérer pour des broutilles. Ca fait oublier les vrais maux contre lesquels toute la colère du monde ne peut rien. Juste quelques instants, le temps de gueuler, le temps de donner à cette petite chose sans importance une ampleur incroyable qui occultera ce qui fait vraiment mal. Et puis ça retombe. Et la douleur revient. Alors on recommence. Sans le faire exprès, même. C'est automatique. Les mécanismes de défense de la Eriksen sont bien huilés, elle n'y prête plus attention, peut-être même qu'elle ne s'en aperçoit pas du tout. Ca soulage un peu, c'est tout ce qui compte. Peu importe l'image qu'elle renvoie. Elle a mal. Elle a tous les droits.

En rentrant du boulot hier, elle a trouvé des clés sur la table, au milieu de l'appartement. Rien que les clés. Celle de la boite aux lettres, et celle de la porte de l'appartement. Elle n'a pas eu besoin d'aller voir dans le dressing pour savoir qu'elle n'y trouverait pas les vêtements de Dan. Il était parti la semaine précédente, mais elle avait continué d'espérer qu'il reviendrait quand même, que c'était juste passager. Il est bien revenu. Juste pour récupérer ses fringues et quelques affaires. Pendant qu'elle n'était pas là. Depuis le temps, il connaissait bien ses horaires, ça n'avait pas vraiment changé depuis qu'elle avait démissionné pour lancer sa propre activité. Alors il a su venir au bon moment pour être sûr de ne pas la croiser. Lâche. C'est si facile de lui jeter la pierre. Il est parti sans un mot et il n'ose même pas l'affronter au moment de mettre fin pour de bon aux huit années qu'ils viennent de partager. Faible. Et responsable de cette situation. Elle ne l'a forcé à rien, ce n'est pas elle qui l'a quitté. Elle lui a dit de faire ce qu'il voulait. Elle lui a dit sans même lever les yeux des esquisses de cette foutue villa qu'elle va présenter cet après-midi. Elle ne l'a pas regardé. Juste ces quelques mots. Fais ce que tu veux. Il est parti. Tant pis pour lui.

Et d'un seul coup, ça fait mal dans son dos, sur son épaule ; c'est brûlant et elle étouffe un douloureux cri de surprise en faisant volte-face, sa main partant aussitôt à la rencontre de la zone endolorie. C'est une femme qui se tient derrière elle. Longs cheveux roux, silhouette élégante. Elle trouve quelque chose d'insolent dans la finesse des traits de son visage. Une beauté un peu provocatrice. Elle ne s'attarde pas. L'éclat espiègle qu'elle a deviné dans ses yeux d'un vert saisissant ne lui plaît pas du tout. Et son épaule la brûle encore. « Putain mais vous pouvez pas faire un peu attention ?! » lui crache-t-elle, le visage tendu dans une expression à mi chemin entre la colère et la douleur. Elle tire sur sa chemise pour faire entrer le pan de tissu touché dans son champ de vision. L'étoffe colle à sa peau, étire, la fait un peu plus grimacer. A tous les coups elle a été brûlée au seconde degré. Manquait plus que ça, sérieux. La tâche brune qu'elle aperçoit confirme ses craintes : elle vient bien de prendre le café de cette gourde sur le dos. Dans sa tête, le calcul est vite fait : elle n'aura jamais le temps de faire l'aller-retour jusqu'à Norrebro avant son rendez-vous. Et le chemisier est foutu, ce n'est même pas la peine de l'emmener chez le pressing. Comme quoi foutre un pied dans ce bistrot n'était vraiment qu'une perte et de temps, et d'argent. « C'est pas vrai, merde. Regardez où vous allez, y'a pas que vous dans ce foutu pub ! Bordel. »

Son épaule lui fait sérieusement mal. Sam a bien envie de gueuler un peu plus ; et puis pourquoi diable est-ce qu'ils servent les cafés si chauds alors qu'on ne peut même pas les boire à cette température, et puis pourquoi est-ce que quelques regards se tournent vers elles, et puis pourquoi on ne peut pas lui foutre la paix cinq minutes dans cette putain de ville. Cinq minutes sans que quelque chose la contrarie. Ca non plus, c'est pourtant pas la mer à boire.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Sam 23 Jan - 14:17


Un écouteur dans une oreille, ses clefs dans une main et une tablette numérique dans l'autre, Jude pénétra dans le café en poussant la porte avec sa hanche. D'un ton un peu sec mais relativement calme, elle ordonna à son interlocuteur de patienter une seconde. D'un geste adroit, elle rangea ses clefs dans la poche de son blouson en cuir et ajusta le micro à l'aide de la pince prévue à cet effet, le plaçant plus près de sa bouche. Sa main libre s'envola jusqu'à la surface lisse et propre de la tablette et elle fit défiler quelques photos. « La numéro 87569, tu l'as sous le nez ? Il faut retoucher le cadrage d'un demi-centimètre sur la droite pour redresser l'image, le bâtiment semble s'affaisser et ça donne un effet général déplaisant. » A nouveau, son index glissa sur la tablette et elle passa un ou deux clichés avant de rapprocher l'objet de son nez, sourcils froncés. « Jake, la photo 87572 est complètement floue. Vire moi cette image et trouve moi le nom du responsable de cette retouche immonde. Je ne me tue pas à prendre d'excellentes photographies pour voir mon travail ruiné par un geek incapable de manipuler un logiciel de retouche. » La réponse eut pour effet de la détendre un peu et elle esquissa même l'ombre d'un sourire. « Parfait Jake, je prends un café et je me rend ensuite dans les locaux du cabinet d'architecte dont je dois dresser le portrait. Rappelle-moi son nom, déjà ? » Jude ne prit pas la peine de noter. Elle allait de toute façon rappeler Jake avant le rendez-vous pour confirmer l'adresse et le nom, donc elle jugeait inutile de s'encombrer l'esprit avec une information qu'elle n'avait pas besoin de retenir pour le moment.

Elle raccrocha après une dernière salutation et plongea sa main dans la poche intérieure droite de son blouson pour en sortir son téléphone et couper l'appel, revenant ainsi à l'écran d'accueil. Machinalement, elle vérifia qu'elle n'avait pas de nouveaux mails importants ni de notifications primordiales avant de ranger le petit bijou de technologie. Lequel vibra juste à cet instant. Jude n'eut même pas besoin de le ressortir pour savoir de qui était le SMS qu'elle venait de recevoir. Juliette s'obstinait à vouloir la revoir, pour un verre, un café, un déjeuner, n'importe quoi. Jude laissa son portable où il était et se concentra sur la queue qui menait jusqu'au comptoir. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle prit pleinement conscience de son environnement. Le brouhaha combiné des machines à café explosant de vapeur, des rires et des injonctions pressées, du tapotement des doigts sur des touches de clavier et du ronronnement des différentes machines réfrigérant des monceaux de nourritures sucrées ou salées. L'odeur suave et un peu entêtante des différents arômes de café, celle du sucre et du miel se mélangeant aux effluves disparates des parfums des humains qui s'entassaient dans le petit espace. Certains semblaient affreusement pressés, impatients et mécontents et d'autres donnaient l'impression d'être là par erreur, désinvoltes et nonchalants, simplement là pour profiter d'un café entre deux allées et venues, entre nulle part et ailleurs. Jude adorait cette ambiance électrique et paradoxale qui émanait souvent de ce genre d'endroit. Les cafés possédaient quelque chose d'à la fois éphémère et régulier. Des habitués qui ne manquaient jamais l'heure de la caféine aux gens qui ne venaient qu'une seule fois, à qui la vie réservaient d'autres aventures, elle y trouvait quelque chose de familier et pourtant d'inconnu, de réconfortant. Comme les gares et les aéroports, les cafés et les bars représentaient des repères étapes. Des endroits qui laissaient d'infinies possibilités et qui ne se ressemblaient jamais vraiment tout en étant sensiblement les mêmes à chaque passage.

A nouveau, son portable vibra dans sa poche intérieure et elle serra les dents avant de s'avancer dans la longue file qui menait au comptoir où les commandes étaient prises et les boissons servies, avec ou sans accompagnement nutritif. Jude observa les étalages de muffins et de brownies d'un air songeur, vaguement absent. Depuis qu'elle avait subitement quitté l'appartement de Juliette il y a deux semaines, cette dernière s'entêtait à essayer de la revoir. Jusqu'ici Jude s'était bien débrouillée pour l'éviter, allant même jusqu'à fuir son propre appartement en voyant la voiture de son amie garée en vrac devant. Plusieurs nuits de suite, elle avait dormi chez différents potes pour ne pas croiser Juliette, attendant patiemment que cette dernière se décourage. Elle était tenace, la jolie blonde.

Plongée dans ses pensées, Jude ne prêta pas attention à la voix féminine énervée qui s'acharnait sur le jeune serveur. Elle avait l'habitude, des femmes d'affaires capricieuses et habituées à tout avoir sur le champ. Elle-même avait été barista pendant un bon moment, entre sa période mécanicienne et sa période factrice. Barista le jour, barmaid la nuit et elle en avait vu de toutes les couleurs, avec les clients. Elle avait même manquée d'être plusieurs fois virée, pour insolence envers certains emmerdeurs. L'adage de la profession qui voulait que le client soit roi ne lui plaisait absolument pas et elle avait tiré la leçon pour son propre comportement envers les autres serveurs et barmans, qui faisaient ce boulot pour payer des études, un crédit, subvenir à leurs besoins en attendant mieux. Lorsque ce fut son tour, elle déclara d'un ton sympathique « Bonjour ! Je voudrais un double expresso grand format et un muffin triple chocolat, s'il vous plait. » Le jeune homme lui adressa un sourire rayonnant en retour et elle lui fit un clin d'oeil. Elle sortit son portefeuille et glissa un petit billet dans le pot des pourboires, l'air de rien. Patiemment, elle attendit que le jeune homme lui apporte sa commande et elle régla la somme due avant de s'en aller en disant « Bon courage, jeune homme » Elle entendit le remerciement de réponse en s'éloignant et esquissa un sourire satisfait. Ce n'était que trois fois rien pour elle mais par expérience, elle savait que c'était beaucoup pour le barista novice et débordé.

Son téléphone vibra de nouveau et elle ne lui prêta d'abord aucune attention, pensant à un énième SMS. Mais lorsque le vibreur reprit après une très courte pause, elle réalisa qu'il s'agissait d'un appel et elle se débrouilla pour attraper son muffin avec la main qui tenait aussi son café, de manière à pouvoir attraper son portable et répondre à l'appel si l'interlocuteur en valait la peine. Mais dans la foulée, elle se retrouva bousculée par quelqu'un et elle trébucha, perdant son muffin et renversant son café. La scène ne dura qu'une ou deux secondes mais Jude resta un instant immobile, n'ayant pas encore réalisé. Avant qu'elle n'ait le temps de réagir, une voix s'éleva dans le bruit ambiant, se démarquant sans peine « Putain mais vous pouvez pas faire un peu attention ?! » Le déclic se fit instantanément dans la tête de Jude. La voix, elle l'avait déjà entendu un peu plus tôt dans le café. C'était celle-là qui avait aboyé sur le pauvre serveur, impatiente et capricieuse, limite hargneuse. En levant légèrement les yeux, elle toisa son interlocutrice de la tête aux pieds.

Pas très grande, la cliente insatisfaite était brune comme l'ébène avec une peau mat et foncée, des yeux noirs de colère et une expression meurtrière peinte sur le visage. Tout en elle respirait l'arrogance, jusqu'à sa capacité à rester élégante malgré la tâche de café d'un marron boueux qui s'étalait sur son chemisier classe, au niveau de son épaule. Jude réprima difficilement un sourire amusé. Elle avait vu de nombreuses emmerdeuses au fil de ses différents petits boulots mais jamais d'aussi sexy, elle devait bien le reconnaître. De plus, les jurons vulgaires qui s'échappaient de la bouche pulpeuse et pleine de l'inconnue n'étaient pas pour lui déplaire. Même en étant la cible de ces noms d'oiseau, elle trouvait ça attirant. Comme si l'autre avait lu dans ses pensées, elle reprit de plus belle « C'est pas vrai, merde. Regardez où vous allez, y'a pas que vous dans ce foutu pub ! Bordel. » Jude arqua un sourcil, cette fois. Elle avait du culot, la princesse, de l'accuser d'égoïsme quand elle avait engueulé le serveur pour être servie immédiatement, au comptoir.

Le premier réflexe de Jude avait été de s'excuser mais devant l'attitude de la victime, elle avait refréné les mots désolés qu'elle avait sur le bout de la langue. A la place, elle lâcha d'un ton sarcastique « C'est bien aimable à vous de le reconnaître, Princesse. Non parce que à voir comment vous avez bouffé le garçon pour avoir votre café dans la demi-seconde suivant votre ordre, on pourrait croire que vous vous pensez seule au monde. » Autour d'eux, le café avançait au ralenti. Les gens observaient, le garçon du comptoir la fixait avec de grands yeux effrayés et les clients se tournaient pour mieux voir, tels des vautours avides de scandales. Jude n'avait aucunement peur des esclandres, elle en avait tellement vu, tellement provoqué et tellement géré qu'aucun dirait qu'elle ne vivait que pour ça. Pur mensonge mais toujours est-il qu'elle ne reculait pas devant ce genre de situation. Un peu plus agacée cette fois, elle reprit d'un ton plus haut « Je vous dirais bien que je suis désolée d'avoir ruiné votre beau chemisier mais comme vous êtes plus aimable qu'une porte de prison, je vais garder ça pour moi. Après tout, ce n'est pas comme si j'avais fait exprès de verser ma précieuse caféine sur vous, hein. C'est tout à fait mon genre mais en l'occurrence, j'aurais vraiment préféré le boire que de perdre mon temps à le vider sur une enfant gâtée capricieuse. » Elle se pencha pour ramasser le gobelet et le muffin imbibé du café qui n'avait pas atterrit sur la brunette afin de jeter le tout à la poubelle. Après quoi elle attrapa des serviettes en papier pour les tendre à l'inconnue toujours fulminante, afin qu'elle éponge le surplus de café sur son épaule. Après tout, le café brûlant avait dû être douloureux et si Jude savait être méchante, mesquine et cruelle, elle ne l'était jamais gratuitement et cette femme ne lui avait rien fait. Pas directement du moins. Ou pas encore, à en juger par la colère folle qui brillait dans les yeux sombres de la princesse.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Dim 24 Jan - 2:56

Cinq minutes. Juste cinq. Sam pourrait presque tuer pour ça, là, maintenant. Vendre son âme au diable pour un peu de paix, c'en serait presque ironique. La lassitude la gagne, elle ravale ses plaintes avant d'en faire définitivement beaucoup trop ; comme si ce n'était pas déjà assez disproportionné comme ça. Sans plus porter attention à l'inconnue qui n'a pas encore répondu à son esclandre, elle réfléchit à la suite des opérations : son épaule la brûle, il faudrait qu'elle s'occupe de ça : désinfecter, protéger la peau pour qu'elle ne colle surtout pas à ses vêtements ... le vêtement en question n'est plus à ça près, mais si elle peut éviter d'arracher l'épiderme à peine reformé en se déshabillant, c'est toujours ça de pris. Elle s'en occupera plus tard. L'heure tourne, elle n'a plus beaucoup de temps : tant pis pour la tâche, elle la cachera sous la veste de son tailleur. L'odeur de café la suivra toute la journée, mais ça vaut mieux que se pointer en retard à un rendez-vous d'une pareille importance. Maudite rouquine. Elle n'avait vraiment pas besoin de ça aujourd'hui. Les autres jours non plus, mais particulièrement aujourd'hui.


Et les sarcasme fusent, d'un coup. Le princesse la pique au vif, elle relève brusquement la tête pour foudroyer l'autre femme sur place. L'autre femme qui soutient son regard sans ciller, presque nonchalamment. Est-ce qu'elle se croit maligne à lui répondre comme ça ? Est-ce qu'elle s'imagine qu'elle va vraiment arranger son cas en la cherchant de cette façon ? Sérieusement, elle ne peut pas juste s'excuser et disparaître, non, il faut forcément qu'elle en rajoute. Princesse. Tu parles. Pauvre conne.
Seule au monde ? Si seulement. Elle n'aurait pas à supporter ces garçons de café incompétents et ces emmerdeuses inconnues. C'est pour s'éviter ça qu'elle tient l'univers entier à distance, en général. Froide et inaccessible, ça lui a toujours convenu : ce n'est pas comme si elle manquait quelque chose en se coupant du commun des mortels. Oh elle ne considère pas qu'elle vaut mieux qu'eux. C'est juste qu'ils ne l'intéressent pas. Ils n'ont rien à lui apporter, sinon des emmerdes et des pertes de temps. Inopportuns, balourds, exaspérants. Très peu pour elle. L'architecte a conscience d'être condescendante en fonctionnant d'une telle façon, mais ça l'a toujours protégée. Peut-être pas des attaques au café brûlant, mais au moins de l'avis des autres, de leurs regards et de leurs jugements. Elle n'appartient pas au même monde qu'eux, alors tout ça n'a pas la moindre espèce d'importance.


Aujourd'hui pourtant la Eriksen n'arrive pas à mettre à distance cette femme sortie de nulle part qui ne se contente pas de la brûler et de tâcher ses fringues, mais qui s'emploie désormais également à la faire sortir de ses gonds avec de ridicules provocations sardoniques. Un peu trop piquantes, un peu trop efficaces. « Alors non seulement je me prends votre tasse mais en plus il faut que je sois aimable pour mériter des excuses ? Non mais vous vous foutez de ma gueule ? » Elle n'a pas pris le temps de réfléchir : ça fuse, et elle montrerait presque les dents si elle n'était pas, quand même, un minimum civilisée. Au moins elle a réussi à se retenir de lui dire qu'elle pouvait se foutre ses excuses (et par la même occasion, les serviettes qu'elle lui tend, auxquelles elle n'a même pas jeté un oeil) là où elle voulait, et qu'elle s'en passerait ; ce n'est pas comme si ses repentirs lui importaient le moins du monde de toute façon. La vérité c'est que l'étrangère a tapé dans la petite fierté de Sam et que ça fait longtemps qu'elle ne s'est pas laissée atteindre comme ça. « Foutez-moi la paix avec vos leçons de savoir-vivre à la con. J'ai pas demandé à ce que vous me brûliez avec votre café à ce que je sache, j'y peux rien si vous avez deux mains gauches alors venez pas prétendre que c'est moi qui vous fais perdre votre temps ! » C'est surtout elle qui perd le sien, là. Elle a autre chose à faire que répondre aux provocations de cette adolescente enfoncée dans un corps d'adulte. Après tout, quelle femme d'une trentaine d'années prétend encore que c'est son genre de balancer son café sur les gens ? Le genre qui ne se soucie absolument pas des conséquences, qui préfère lui donner du enfant gâtée capricieuse et du princesse au lieu de s'excuser et de déguerpir en s'estimant heureuse qu'elle ne lui fasse pas repayer le chemisier.


Samuelle ne se rend compte qu'à ce moment là des regards qui sont tournés dans leur direction. Elle serre discrètement les poings, se mord la langue pour ne pas leur demander ce qu'ils regardent comme ça. Parmi les clients qui les dévisagent, elle en reconnaît quelques-uns ; les habitués du café la connaissent, puisqu'elle vient souvent ici. Pas aussi souvent qu'au Palladium, mais ce pub est beaucoup plus proche de son cabinet. Il n'est pas rare qu'elle y fasse une escale en cours de semaine, et c'est pour ça qu'elle connaît les réguliers. D'un coup, elle se rend compte comme elle a de la chance que son dernier passage à la télé remonte à presque un an, et que la plupart des gens soient incapables d'associer son nom à son visage. Ca ferait une sacrément mauvaise publicité pour le cabinet qui porte son nom. Il faut qu'elle arrête le massacre immédiatement, mais la rousse la toise toujours de son regard perçant et la seule vue de son petit air sardonique donne à l'architecte des envies de meurtre. Elle n'arrive même pas à se farder du mépris qui la protège d'habitude. Juste la colère, le ras-le-bol, et une certaine forme de lassitude. Parce qu'au fond elle se rend probablement compte du ridicule de la situation. Que sa réaction est excessivement violente.


Ca ne la calme pas. Ce n'est pas la journée. Elle voudrait juste qu'on lui foute la paix ; et même si elle a été désagréable avec le gamin, ce n'est pas en lui faisant des pseudos leçons de morales qu'elle va changer d'attitude. Elle se lève, un peu brusquement, se juche sur ses talons dramatiquement hauts pour faire face à l'inconnue et s'emparer des serviettes en papier qu'elle a finalement cessé de lui tendre. Elle aurait dû les prendre plus tôt, songe-t-elle. Ca doit renforcer l'image de la gamine capricieuse, de commencer par ignorer l'aide qu'on lui propose pour en avoir quand même besoin en fin de compte. Tant pis. Elle n'est pas à ça près ; tout ce qu'il faut, c'est qu'elle arrête d'attirer l'attention de tous ces gens en jurant comme un charretier. Elle doute de toute façon d'être en mesure de rattraper l'image qu'elle vient de donner à son interlocutrice, quand bien même elle en aurait eu envie.
Elle applique la première serviette sur son épaule, effaçant très vite la grimace de douleur qui vient tendre ses traits. Le tissu de son chemisier a déjà bu presque tout le liquide et ça ne sert plus à grand chose de chercher à éponger quoi que ce soit. Elle a envie de soupirer ; serre les dents, pourtant. Peu importe ce qu'en pensera la rousse, elle n'est pas une gamine capricieuse ni une petite princesse qui pique une crise à la moindre contrariété. Enfilant sa veste en essayant de ne pas trop frotter l'étoffe contre sa brûlure, elle s'empare du long tube en carbone dans lequel sont rangés les plans dont elle a besoin, passe la lanière sur son épaule intacte et récupère son sac à main sur le tabouret voisin. Glissant un énième regard meurtrier vers l'inconnue, elle grince quelques mots à son attention avec dans l'idée de foutre le camp immédiatement après « Vous avez qu'à prendre la mienne, de précieuse caféine. Comme ça vous aurez payé pour autre chose que venir me casser les couilles. »
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Mar 26 Jan - 14:41

Jude avait toujours été particulièrement sensible au physique des femmes, qu'elle appréciait comme on pouvait admirer une photo. Avec des qualités, des défauts, des imperfections, de détails notables et d'autres sans importance, un tableau unique avec plein de portraits subtilement disséminés au sein de l'ensemble. Une physionomie banale mais avec un sourire charmeur, un visage magnifique mais doté d'un regard de tueur, une femme timide avec des taches de rousseur, une jeune fille assurée et toute en longueur ... En l'occurrence, Jude trouvait son infortunée interlocutrice incroyablement sexy. De la tenue élégante et trop classieuse jusqu'au regard meurtrier dans lequel scintillait des étincelles de colère folle et en passant par la voix un peu rauque qui débitait des jurons qui n'avaient rien à faire dans un tel portrait, l'enfant gâtée capricieuse était véritablement attirante, fascinante. Un peu comme une gerbe de pétrole dans une eau bleue caraïbe. Comme un accident de voiture dans la nuit, véritable tragédie. C’était comme de regarder un ouragan lancé à pleine puissance et cette aura de danger rendait Jude électrique.

Il ne lui fallut qu'une seule seconde pour remarquer l'attitude de la petite brune. Le dos un peu plus tendue, les jambes bien ancrées dans le sol et les lèvres frémissantes, sous un nez droit et fin surmonté d'une paire d'yeux plus sombres que les ténèbres eux-mêmes. D'un noir profond, juste illuminé d'éclairs de colère pure. Jude sut, à cet instant précis, qu'elle avait déclenché la guerre. Tant mieux, songea-t-elle. Enfin une pour lui tenir tête, parmi la longue liste de gens irrespectueux et méprisant qu'elle avait pu provoquer récemment et qui avaient la sale manie de lui tourner le dos sans rien répondre. « Alors non seulement je me prends votre tasse mais en plus il faut que je sois aimable pour mériter des excuses ? Non mais vous vous foutez de ma gueule ? Foutez-moi la paix avec vos leçons de savoir-vivre à la con. J'ai pas demandé à ce que vous me brûliez avec votre café à ce que je sache, j'y peux rien si vous avez deux mains gauches alors venez pas prétendre que c'est moi qui vous fais perdre votre temps ! » Jude ne pu s'empêcher d'arquer un sourcil, devant la pauvre répartie. C'était bien un tic d'enfant gâté, ça, que de rejeter la faute sur les autres. Jamais aucune remise en question et alors des excuses, cela ne faisait même pas partie de leur vocabulaire. De base, les princesses de ce genre ne savaient pas ce que le mot " pardon " voulait dire, en dehors d'un usage sarcastique, passif agressif pour presser les gens qui n'allaient pas assez vite à leur goût. Elle en avait vu tellement, des gens comme ça. " Pardon, pourriez-vous vous dépêchez un peu ? " ou encore " Pardon, j'ai commandé un bloody mary, il n'est pas encore arrivé, comment ça se fait ? " et tant d'exemple encore. Pour les riches, le mot pardon était galvaudé et absolument dénué de son véritable sens.

Du coin de l'œil, Jude nota que son interlocutrice, énervée et agressive, serrait les points et les dents pour ne pas envoyer valser tout le pub. Elles offraient, il était vrai, un spectacle de choix pour tous ces gens désœuvrés qui attendaient leur café. On commençait déjà à chuchoter plus ou moins discrètement, dans les box surpeuplés, le long de la file d’attente, dans les zones professionnelles. Jude fronça les sourcils. Les humains avaient perdu l'habitude de ce genre d'esclandre publique, dans un monde où toutes les émotions était hypocrites, dissimulés ou simplement refoulés quelque part en attendant que ça passe. La photographe senti son portable vibrer, nouveau SMS. Juliette, probablement. Encore. Toujours. Jude serra elle aussi les dents. Elle aurait du le voir arriver plus tôt, cet attachement indésirable, chez la jolie blonde. Aurait-elle été un peu plus attentive qu'elle n'en serait pas là, à fuir son propre appartement pour éviter de croiser une ex qui n'en était pas vraiment une. Elle allait pousser un soupir de frustration lorsque les serviettes qu'elle tendait encore à la brunette lui furent brutalement arrachées des mains. Finalement, elle acceptait l'aide proposée. Peut-être qu'elle n'était pas encore totalement passée du côté obscure des riches pétasses égoïstes et dédaigneuses. Peut-être. Une grimace de douleur déforma les traits de la petite brunette lorsqu'elle commença à éponger le café sur son épaule et Jude sentit une pointe de culpabilité la traverser. Temporaire et éphémère mais quand même, c'était suffisamment rare chez elle pour qu'elle sache le noter lorsque cela arrivait.

Finalement, la brunette attrapa ses affaires en enfilant sa veste directement sur le chemisier souillé. Jude eu mal pour elle, l'espace d'une seconde. Elle était presque sur le point de la retenir lorsqu'un énième regard de tueur la coupa dans son élan. « Vous avez qu'à prendre la mienne, de précieuse caféine. Comme ça vous aurez payé pour autre chose que venir me casser les couilles. » Jude ne put s'empêcher de rire, cette fois. Son premier réflexe était toujours de répondre qu'une telle chose était scientifiquement impossible mais elle surprit un autre coup d'oeil peu amène de la part de son interlocutrice et elle garda le silence, toujours en riant. La petite brunette était déjà un peu plus loin lorsqu'elle lança soudain « Hé, attendez. Je ne vais pas vous priver de votre café, ce serait dommage, vous l'avez tant attendu ... Emportez le donc. » Jude se pencha pour ramasser la petite tasse de café et, d'un geste adroit, elle la transvasa dans un des gobelets en plastique que le pub laissait en libre-service à divers endroits afin que les clients puissent emporter les boissons en cas d'urgence. D’un pas rapide et assuré, elle se rapprocha de la brune sur le départ et lui tendit le café, sans rien ajouter. Elle pourrait pousser la provocation, aller un peu plus loin dans la bataille mais quelque chose chez cette petite brune un peu vulgaire forçait le respect et en temps normal, elle y aurait été insensible. Elle choisit d’agrémenter son geste d’un petit sourire sans aucune animosité ni malice. Finalement, comme un début de trêve, presque à contre cœur, elle déclara « Sinon, si vous avez cinq minutes, je peux vous en offrir un autre. Chaud et … » Elle jeta un coup d’œil caustique au tout petit gobelet qui peinait à contenir la quantité ridicule de caféine « plus conséquent ? » Une lueur de méfiance passa dans son regard et elle se troubla une seconde. Elle sentait qu’elle s’aventurait sur une pente glissante mais elle était incapable d’identifier clairement le problème. Ou peut-être que si justement. Rien qu’à voir l’air presque incrédule de son interlocutrice, elle savait précisément quel était son foutu problème. Trop bonne, trop conne. Elle sentait venir d’ici la réplique cinglante et glaciale qui allait lui faire salement regretter son beau geste. Après tout, à quoi d’autre s’était-elle attendu ? Alors elle rectifia le tir avant l’humiliation « Enfin, si la Princesse que vous êtes n’est pas attendue ailleurs par son trophé, le Prince Charmant … » Et voilà, la lueur d’incrédulité s’en était allée, laissant à nouveau place à la colère. Pire qu’avant.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Mer 27 Jan - 0:36

Et elle se marre. Qu'est-ce que ça a de drôle ? Vraiment, Sam ne voit pas. Elle est à deux doigts d'exploser. Elle se retient vraiment pour ne pas tout simplement l'ensevelir sous les injures et l'envoyer valser elle et tous les abrutis hagards qui suivent l'échange avec avidité. Et elle, elle se marre, comme ça. L'architecte est prête à parier qu'elle s'apprête à ajouter une autre de ses petites remarques pleines de prétendue subtilité, et elle lui jette un dernier regard noir avant de tourner les talons. Ca ne sert à rien de s'énerver encore plus. Elle va partir, s'éloigner, se calmer. La rousse va rester là, elle ne la croisera plus jamais, et ce sera pour le mieux. Elle ne vaut pas la peine qu'elle foute sa réputation en l'air. Suffit qu'il y ait l'un de ces requins de journalistes people en train de dépérir dans un coin du café pour qu'elle en entende parler pendant des semaines. Ca ne vaut pas le coup, même si ça la détendrait ; sa carrière ne vaut pas les beaux yeux verts de l'impertinente.

La Eriksen s'éloigne rapidement, constatant avec soulagement que le claquement sec de ses talons sur le sol se trouve peu à peu étouffé par les conversations qui reprennent derrière elle. Ca n'a pas fait tant de bruit que ça. Ils vont vite oublier. Elle, elle va très vite oublier. Ce ne sera plus qu'une pauvre tâche sur sa chemise, laquelle atterrira directement dans la poubelle lorsqu'elle rentrera chez elle.
Elle tente toujours de s'en convaincre lorsqu'une voix la hèle derrière elle. Elle grince des dents, s'immobilise tout de même. Son café. Putain, sérieusement, elle va la retenir pour qu'elle avale ses deux doigts de caféine avant de s'en aller ? Juste histoire d'en remettre une couche ; est-ce qu'elle est sérieuse ? Bon sang mais cette femme tient plus de l'adolescente butée et prête à tout pour avoir le dernier mot, que de l'adulte responsable qu'elle est supposée être, à son âge. C'est ce que suppose Samuelle en tout cas ; au final elle ne la connait pas, et n'a d'ailleurs pas la moindre envie de pousser plus loin les présentations. Partir, maintenant, avant qu'elle ne la rattrape. Déguerpir avant que ça ne finisse mal ; parce que l'autre ne cherche que les ennuis, pas vrai ? Elle se retourne néanmoins, encore exaspérée, regarde la rouquine approcher de sa démarche souple et décontractée. Ferme, aussi. Son assurance n'a, cette fois, pas grand chose à voir avec la juvénilité que lui était prêtée il y a une minute. Ca intrigue Sam une seconde. Et puis elle décide que ça ne l'intéresse pas. La rousse est à présent plantée devant elle et lui tend le petit gobelet en lui souriant ... gentiment ? Quoi, elle a loupé un épisode ? Quand sont-elles passées de ''je me fous de toi ouvertement et je t'atomise littéralement du regard'' à ''je te fais des jolis sourire en te rapportant ton café bien aimablement'' ? Ca ne lui dit rien qui vaille. Elle hésite, ne bouge pas. C'est quoi le piège, au juste ? L'autre reprend la parole. Incrédule, Sam ne réagit toujours pas. Elle n'a pas touché au café, elle a juste froncé un peu plus les sourcils pour trouver sur le visage de son interlocutrice un indice qui en dirait un peu plus long sur ses intentions que son étrange proposition. Si l'inconnue avait été un homme, l'architecte n'aurait sans doute même pas pris la peine de s'arrêter en entendant qu'on la rappelait. Elle a assez donné dans les tentatives de dragues pitoyables, ne serait-ce qu'avec Mike qui pense toujours qu'il finira par l'avoir avec ses blagues salaces. Force est de reconnaître que si c'était l'intention de la rouquine, au moins peut-elle se targuer de s'y être prise avec un minimum de subtilité. Mais ce n'est sûrement pas le cas. Elle semble d'ailleurs hésiter ; se méfie soudain, la dévisage d'un drôle d'air. Sam perd patience, elle ne comprend rien au comportement bizarre de cette étrangère. De toute façon, elle n'a pas le temps, son rendez-vous est dans moins de trente minutes ; le cabinet a beau être dans la rue d'en face, elle a de quoi faire en attendant : préparer la présentation, revoir son speech. Elle va s'en aller d'ici et laisser derrière elle cette femme qui a retrouvé une expression que l'architecte lui suppose habituelle. Ce petit air d'elle ne sait pas trop quoi. Un peu piquant, un peu mutin, en moins innocent. Et pour cause : elle reprend la parole.

Encore ce Princesse qui lui fait serrer les dents. Et puis la suite, qui au contraire la laisserait presque la mâchoire pendante. Comme sonnée par le coup.
Elle n'a pas le droit de lui dire ça. Elle ne sait pas à quoi elle touche. Elle n'a même aucune idée de la douleur qu'elle vient de réveiller au creux de la poitrine de la Eriksen. Ca la brûle, un instant. Juste un instant, avant que la colère ne revienne briller au fond de ses prunelles, plus fort que jamais auparavant. La rage lui a comme empoigné les tripes et elle se fait très visiblement violence pour ne pas simplement jeter sa main dans la figure de l'autre. Oh, vu sa force physique, la gifle ne ferait sûrement pas très mal ; pas longtemps en tout cas, juste sur le coup, sans doute, parce que la hargne décuplerait ses forces. Et ça la détendrait. Ca ferait du bien ; elle se surprend à envisager que ça puisse être jouissif, de remettre les idées en place à cette petite garce. Anticipant déjà son geste, sa lèvre supérieure s'est déjà légèrement retroussée. Mais Sam se fait violence pour retenir à la fois sa main et ses mots. Le journaliste dans un coin du café prêt à lui sauter dessus et à faire chuter le chiffre d'affaire. Le journaliste, le chiffre d'affaire. Garder les idées centrées.

L'architecte va s'en aller, et planter la rouquine là. Elle va la laisser là avec la suffisance qu'elle doit cacher derrière son petit air impertinent. Parce qu'elle doit bien être fière d'elle, oui ; voir la petite enfant gâtée capricieuse dans un tel état de rage, une haine presque palpable, ça doit bien lui faire prendre son pied. Hé bien qu'elle en profite, elle n'aura rien de plus. Sam ne lui fera pas ce plaisir.
Une dernière insistance de son regard haineux vissé dans les yeux verts de l'inconnue, et elle tourne les talons, pour de bon cette fois. L'autre a toujours le gobelet de café entre les mains.

Dehors, il fait froid. Elle frissonne. Putain de mois de Décembre. Et son épaule la brûle. Ca fait mal. Ca l'exaspère insupportablement. Bon sang, c'est pas possible d'avoir la paix cinq minutes dans cette foutue ville ?!

* ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ *

« Tout le plaisir est pour moi. » Fait-elle en poussant la porte de son bureau pour faire passer l'homme d'une quarantaine d'années devant elle et le laisser rejoindre le couloir. Et cette fois, elle est sincère. Elle sourit, même. Oh pas un sourire éclatant, mais c'est quand même quelque chose d'un peu plus vrai que ce petit rictus poli dont elle se contente en général. « Je vous laisse entre les mains de mon collègue pour la signature du contrat. » ajoute-t-elle, toujours de son ton le plus aimable, avant de tourner les yeux vers le jeune homme qui s'approche d'eux. ''Collègue'', c'est un grand mot, songe-t-elle en observant le gamin d'un mètre quatre-vingt-cinq offrir son plus beau sourire au plus richissime client qui avait fichu un pied dans ce cabinet. En réalité, ce gosse sort à peine de l'école et n'a même pas encore vingt-deux ans. Il a eu de l'avance sur le cursus, est sorti diplômé et major de promo de cette même école dans laquelle Sam avait étudié. En Juin, il y a un ou deux ans, elle a été invitée à assister à la remise des diplômes. C'est là qu'elle a rencontré Jesper, qu'elle a vu ce qu'il faisait. Il lui a semblé plus que prometteur, alors elle l'a engagé. Depuis elle n'est pas déçue, il a bien pris les choses en main, et s'avère plus efficace que certains de ses homologues plus vieux. Sur le plan professionnel, il a toute la confiance de sa patronne, et peu des autres employés peuvent en dire autant. Tout est relatif, mais si elle ne s'inquiète pas pour la réalisation des tâches qui leur incombent, il en est peu à qui elle aurait confié un client si important.

« J'ai installé les documents pour l'exposition dans un local vitré du rez-de-chaussée. La photographe est déjà là, elle est avec Yvan. Tu vas jeter un oeil ? Je vous rejoins après. » l'informe-t-il en souriant. Elle répond un sobre « parfait » et lève les yeux au ciel quand il lui envoie un clin d'oeil avant d'entraîner le client derrière lui, tout sourire. Sam ne perd pas de temps et descend déjà les escaliers pour aller jeter un œil aux fameux documents. Jesper travaille avec Yvan sur cette affaire, elle les a laissés mener leur projet comme ils l'entendent. Une exposition de photos des bâtiments conçus par le cabinet... un moyen un peu plus original de se faire de la publicité, le tout étant de trouver quelqu'un de compétent pour prendre les photos. Le jeune homme lui a assuré qu'on lui avait chaudement recommandé quelqu'un et qu'il ne se faisait pas de soucis. D'autre part, le service est réciproque puisque le nom de l'entreprise pourrait bien donner un sacré coup de pub au photographe qui s'en occupera. Elle ne demande qu'à voir.

Lorsqu'elle arrive dans le petit hall du rez-de-chaussée et que son regard se porte quelques mètres plus loin, sur les différents bureaux vitrés, elle tique. Croit reconnaître les longs cheveux roux-blonds et la silhouette féline qui se dessine dans l'un des locaux. Les autres ne sont pas vides, mais elle en oublie un instant l'exposition et la photographe. Elles les rejoindra plus tard ; avant, elle veut avoir le cœur net de ce qu'elle a cru voir. Ses talons claquent rapidement sur le pavé et en quelques instants, elle s'est approchée assez pour que le doute ne lui soit plus permis : il s'agit bien de la femme du café de tout à l'heure. Le café sur la chemise, les provocations. Le prince charmant. La colère la fait déjà bouillir à nouveau. Cette petite garce n'a rien à faire là. En plus, maintenant qu'elle y pense, son épaule la brûle toujours et à en juger par la sensation d'étirement qui la fait frémir de temps en temps, Sam est prête à parier que le tissu de sa chemise a collé à sa brûlure.
En quelques enjambées, elle se poste derrière la porte et ouvre celle-ci d'un geste un peu trop rapide pour sembler naturelle. La rouquine se tourne vers elle, sans doute prise par surprise. Dès qu'elle accroche ses prunelles vertes , l'architecte s'emploie à lui resservir son plus beau regard noir. « Je peux savoir ce que vous foutez là ? » lance-t-elle, désagréable au possible mais sans agressivité, pour l'instant. Ce cabinet, c'est chez elle, plus encore que ne l'est son appartement. Ici, elle est dans son monde, dans son élément. Alors l'autre n'a pas intérêt à venir empiéter par-là. Elle a déjà tapé bien trop juste sans même le savoir tout à l'heure. Samuelle ne va pas accepter que ça arrive une seconde fois.


Dernière édition par Sam J. K. Eriksen le Mer 3 Fév - 21:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Mar 2 Fév - 23:35

Une seconde. Pendant une très courte éternité, Jude avait vu la gifle arriver. Fatale, sonore, humiliante. Mais rien n'était venu et à la place, après un énième regard de travers chargé de dédain, de mépris et d'une réelle colère, la princesse s'en était allée. Comme ça, sans un mot de plus. Elle avait juste tourné ses talons hors de prix et avait déserté les lieux.
Si la porte avait pu claquer, on aurait probablement senti les murs trembler sous l'impact mais heureusement pour le propriétaire, un dispositif de fermeture en douceur avait été installé. Un éclat de rire fusa dans le fond du pub et la vie reprit son court, en toute simplicité. Comme si un spectateur extérieur avait pressé le bouton "play" d'une télécommande universelle après avoir pausé pour admirer l'éclat entre les deux femmes.

Jude baissa machinalement les yeux sur le gobelet en plastique contenant la caféine que la capricieuse jeune femme n'avait pas daigné prendre et haussa les épaules. Elle n'aurait au final pas tout perdu, ce matin. Avec prudence, elle porta le petit récipient à ses lèvres et testa la température. La boisson avait eu le temps de refroidir, avec tout cet esclandre. Jude haussa de nouveau les épaules et avala le liquide d'une traite avant de jeter le gobelet dans une poubelle non loin. A nouveau, son portable vibra dans sa poche et elle poussa un soupir agacé. Puis elle réalisa qu'il s'agissait d'un appel et un flash lui rappela que, avant toute cette agitation, elle avait tenté de sortir son téléphone de sa poche. Les mains désormais libres, elle put sans peine extirper le petit bijou de technologie et voir le nom de son interlocuteur. Jake. Rapidement, elle débrancha les écouteurs et répondit directement « Oui Jake ? » Elle coinça l'appareil entre son oreille et sa joue pour zipper la fermeture éclair de la sacoche contenant sa tablette et ses dossiers. Elle se rappela une seconde qu'elle avait acheté un muffin mais en voyant l'état du sol, elle renonça à l'idée de le retrouver. Il aurait terminé à la poubelle de toute manière. Un peu blasée mais pas agacée, elle écouta son assistant tout en prenant à son tour le chemin de la sortie.

« Mademoiselle ? Mademoiselle, attendez ! » Interloquée, elle se retourna et vit le jeune barista s'approcher avec un sachet en papier. « Une seconde Jake, je te reprend très vite » Le jeune garçon lui tendit le sac en souriant « Un autre muffin, j'ai vu le vôtre tomber. Merci, d'avoir tenu tête à la jeune femme. Elle n'était pas très aimable ... » Prise de court, Jude cligna un instant des yeux avant d'accepter la pâtisserie. « Il ne fallait pas, je n'ai pas payé pour deux muffins ... » Le serveur secoua la tête et expliqua « Je vous l'offre. Ce n'est pas tous les jours que j'ai des clients aimables. Bonne journée, Mademoiselle ! » Il retourna ensuite derrière son comptoir sans laisser le temps à Jude de répliquer. « Allô ? Jude ? Tu es toujours là ? » La jeune femme esquissa un sourire et reprit le chemin de la sortie, récupérant son assistant au téléphone. Rapidement, elle lui expliqua la scène de la matinée et le geste du serveur. Le temps de la conversation, elle se retrouva au grand air, sous un ciel bleu limpide et une température probablement indécente.

« BORDEL DE MERDE IL FAIT FROID. » Son échappée vulgaire lui valut un éclat de rire de la part de son assistant. Elle fronça les sourcils mais ne fit aucun commentaire, préférant hâter le pas jusqu'à sa destination finale. « Rappelle moi où je vais, déjà ? » aboya-t-elle d'un ton peu amène en soufflant un nuage de condensation à chaque syllabe. « Cabinet Eriksen, tu as rendez-vous avec un des architectes pour préparer l'exposition de leur cabinet. Tu dois au passage décrocher une interview avec Samuelle Eriksen, architecte fondatrice du cabinet, une forte tête de ce que je sais. Son travail est admirable mais on dit que l'humaine n'est pas très ... abordable. » Jude grogna un commentaire inintelligible au sujet de ces foutues enfants gâtés incapables de faire preuve d'humanité. Jake ignora la pique et reprit « Souviens-toi, cette interview est primordiale pour le quotidien, elle fera la une du premier hors-série du magazine. Le boss compte sur ça pour lancer sa rubrique architecture. Tu es là pour obtenir cette interview en exclusivité. » Jude fronça de nouveau les sourcils et répliqua d'un ton peu engageant « J'y vais principalement pour organiser et agencer l'exposition, ce sont mes photos. L'interview, je verrais ce que je peux faire. » Jake se racla la gorge et elle sut qu'il allait insister avec le plus de tact possible. Il savait qu'il devait le faire et il détestait ça, l'idée de le savoir en train de suer à grosses gouttes la fit sourire. Elle l'écouta. « Jude, le boss a été clair quant au fait que si tu ne ramenais pas ce contrat, ta position en tant que reporter à temps plein était compromise. Tu dois, à ses yeux, prouver que tu as une valeur commerciale. » Une bordée de juron ponctua sa sortie. Cette fois, aucun éclat de rire ne parasita la ligne. Ils étaient tous les deux trop sérieux pour ça. Finalement, Jude poussa un soupir condensé et marmonna dans un anglais agressif « FINE. I'll do my best. » Jake n'insista pas plus. Il lui rappela l'adresse, lui souhaita bonne chance et raccrocha, la laissant dans le froid de décembre, sur l'artère principale du quartier de Valby. A nouveau, elle poussa un soupir frustré et laissa filer quelques noms d'oiseau peu gracieux.

_______

« Je peux savoir ce que vous foutez là ? » Cette voix. C'est tout juste si Jude ne laisse pas échapper à voix haute un énorme " SERIOUSLY ? " incrédule. Mais elle savait parfaitement se tenir et c'est avec un sourire de façade qu'elle se tourna vers l'entrée de la petite pièce vitrée. Intérieurement, elle jure et elle se dit " you gotta be kidding me " parce qu'elle ne voit pas comment il pourrait en être autrement. On dirait une très mauvaise blague. Comme si le spectateur extérieur, celui qui était juste censé tenir la télécommande, avait aussi écrit le scénario. Auteur, réalisateur, scénariste, spectateur. Omniprésence. Avec un sens de l'humour douteux et pourri. D'un ton calme mais assuré, elle déclara « Jude Gatling, reporter photographe pour The Copenhagen Post. A qui ais-je ... l'honneur ? » L'hésitation teintée de sarcasme sur le dernier mot était subtilement glissée pour faire sentir à l'inconnue qu'elle n'appréciait pas d'être ainsi interrompue. Jusqu'ici, tout s'était parfaitement déroulé pour l'exposition et elle n'avait pas reparlé de la patronne, peu désireuse de ralentir le rythme pour le moment.

Elle était arrivée avec une dizaine de minutes d'avance, revigorée par sa promenade dans le froid de décembre. Elle avait été agréablement reçue, avec un café et une viennoiserie avant d'entrer immédiatement dans le vif du sujet avec l'architecte chargé de la coordination entre elle et le cabinet. Les photos avaient été parfaitement développées, avec un supplément pour le cas où les architectes choisiraient de voir d'autres bâtiments, d'autres angles ou d'autres perspectives affichées. Ils étaient justement en train de peaufiner le choix des photos et de commencer à travailler sur la disposition, la lumière et le circuit lorsque l'insupportable princesse du café s'était incrustée, plus aimable que jamais. Droite et fière à l'autre bout de l'immense table de réunion, campée dans son jean, ses converses et son chemisier élégant sous sa veste en cuir, elle avait rassemblé ses cheveux en une queue de cheval haute afin de pouvoir travailler sans être dérangée.
Défiante, elle arqua un sourcil interrogateur en attendant une réponse, sans tenir compte de l'architecte qui semblait ébahi par le comportement de celle qui venait d'interrompre la rencontre.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Jeu 4 Fév - 0:19

Ce n'est qu'après avoir apostrophé la femme que Sam se rend compte de la présence de l'homme d'une trentaine d'années qui examinait les documents sur la table, un peu plus loin. Elle le détaille une seconde, détournant son attention de le rouquine du café tandis que cette dernière se retournait vers elle, et rapidement elle remet un nom sur les cheveux bruns impeccablement brossés et la barbe de trois jours venue grignoter les joues de l'architecte. Yvan, ça fait plusieurs années qu'il travaille ici. Il s'entendait bien avec Dan, c'est souvent lui qui s'occupait de la collaboration entre le cabinet et le journaliste. Ca évitait à la Eriksen de faire ça elle-même, parce que travailler avec son compagnon, elle n'a jamais vraiment aimé ça. Quand Jesper est arrivé dans le cabinet, il s'est rapidement très bien entendu avec Yvan et depuis les deux travaillent régulièrement ensemble sur des projets. Sam n'y voit aucun inconvénient, du moment qu'ils fournissent un travail sérieux et que les résultats sont là, elle n'a aucune raison de râler. Cette fois pourtant elle aurait vraiment voulu qu'ils ne soient pas ensemble sur ce projet. Parce que ça veut dire que c'est dans cette pièce même que Jesper ne va pas tarder à débarquer. Et que cette femme est la photographe dont il lui a parlée tout à l'heure. Jude Gatling, comme elle se présente. Reporter photographe. Mais quelle bonne nouvelle.

Ca ressemble tellement à une mauvaise blague que Sam ne réalise probablement pas encore. Elle tourne à nouveau la tête vers la femme qui termine sa phrase en la ponctuant d'une ironie qui ne choque même plus l'architecte. Oh ça l'énerve, oui, mais ça ne l'étonne plus. Elle aurait été plus surprise de l'entendre lui parler avec sérieux et professionnalise. Sauf qu'elle n'est elle-même pas sûre de pouvoir être professionnelle, maintenant tout de suite, elle a plutôt envie de lui dire de sortir d'ici et de ne pas s'aviser de refoutre un pied dans ce cabinet. Ni ou que ce soit sur son chemin, d'ailleurs. Mais force est de constater que cette fois encore, elle va bien devoir se retenir. Puis, ce n'est pas forcément nécessaire. Elle est chez elle ici, c'est elle la patronne. Après tout, c'est plutôt cette mademoiselle Gatling qui vient de s'aventurer en territoire ennemi.

« Samuelle Eriksen. Je vous dirais bien que vous êtes la bienvenue dans mon cabinet mais comme vous êtes aussi respectueuse qu'une adolescente en mal d'attention, je vais garder ça pour moi. »

Du coin de l'oeil, elle voit Yvan relever la tête pour la dévisager. Ca ne ressemble effectivement pas au professionnalisme auquel il est habitué. Elle sourit intérieurement. Comme c'est un ami de Dan, il a plusieurs fois eu l'occasion de la croiser en dehors du cadre professionnel. Il doit se dire que cette attitude agressive, quoique plutôt mesquine dans le cas présent, ressemble bien plus à la Sam qu'il a déjà vue en dehors du cabinet, qu'à celle qui mène l'entreprise d'une main de fer et qui ne ferait ô grand jamais rien qui puisse nuire à leur activité. Elle ne lui prête déjà plus aucune intention, darde la jeune femme d'un regard un peu défiant. Non, ce n'est pas par hasard qu'elle a repris quasiment mot pour mot sa formulation provocatrice de tout à l'heure, bien décidée à lui montrer qu'ici, si elle veut jouer à ce jeu, elle ne s'en tirera pas aussi bien qu'avec un simple regard assassin.

Soudain, elle entend la porte derrière elle s'ouvrir, puis se refermer. C'est Jesper qui arrive enfin, il doit en avoir terminé avec le client et sa villa. Le jeune homme la contourne, lui jette un regard en passant avec un léger sourire pour la saluer, et se tourne vers la reporter. « Excusez mon retard ! Vous devez être mademoiselle Gatling ? Jesper Nielsen, enchanté ; c'est moi que vous avez eu au téléphone l'autre jour. » Sam hausse un sourcil. Parce qu'en plus c'est le cabinet qui l'a contactée directement ? Pourquoi elle n'était pas au courant ? Jesper se tourne vers elle après avoir donné à la jeune femme une franche poignée de main, son éternel sourire accroché au visage. « C'est Dan qui me l'a recommandée ! T'as vu les photos ? Franchement, elle est douée, heureusement que ton mec a l'oeil, sinon on aurait encore fait appel à l'autre idiot de ... attends, il t'a pas dit ? T'as l'air surprise. ...et tu sens le café. » Elle a tiqué quand il a parlé de Dan -occultant au passage la remarque sur l'odeur qui la suit partout-. Encore, toujours. Ca ne fait qu'une semaine, c'est définitif depuis hier ; elle suppose, en tout cas. Comme tout à l'heure, elle reste un peu inerte un instant, ferme même les paupières en inspirant profondément, aussi discrètement que possible. La seconde d'après, elle lutte pour ne pas lui hurler de se taire et de ne pas prononcer ce putain de prénom. Heureusement elle s'en rend compte à temps pour s'en empêcher, réalisant par la même occasion à quel point son comportement est ridicule. Elle ne peut pas reprocher au monde entier l'absence de Dan ; c'est lui, le seul responsable. Il s'est tiré, ce n'est pas la faute de Jesper.
Ca, c'est en théorie. En pratique, elle serre les dents, rouvre les yeux pour le foudroyer du regard, et se tourne finalement directement vers la table sur laquelle sont disposées les photos sans répondre quoi que ce soit. L'architecte se fait violence, essaie d'occulter Dan pour se concentrer sur le travail. Force est de constater que Jesper n'a pas menti et que la demoiselle Gatling a tout à fait mériter les recommandation de ... tout à fait mérité d'être retenue pour faire cette exposition. Hors de question qu'elle se fende d'un compliment, cependant.

Pendant ce temps là, elle ne voit pas le regard interrogateur que Jesper lance à Yvan. Elle ne voit pas non-plus que celui-ci secoue négativement la tête en grimaçant, articulant exagérément les mots " ILS ONT ROM-PUS. ILS SONT SE-PA-RES.". Le visage du jeune homme prend une expression complètement effarée. « Vous vous activez, un peu, ou vous restez plantés là à vous regarder dans le blanc des yeux ? » lâche-t-elle, toujours aussi peu aimable, sans même relever la tête. « Oh, détends-toi, boss. Le célibat te réussit pas, décid»«Elle est prévue pour quand, cette expo ? » demande-t-elle à la cantonade, dramatiquement sérieuse, en coupant la parole à son employé avant qu'il ne continue d'aggraver son cas. Ce professionnalisme ressemble davantage à la patronne que les deux garçons connaissent, même si le ton très perceptiblement crispé trahit ses envies de meurtre. Franchement, elle n'a aucune envie de se calmer. Elle l'étranglerait volontiers, même, ce petit crétin qui se croit tout permis parce qu'il sait qu'elle l'apprécie. Il commence à aller trop loin ; étaler sa vie privée devant cette fille, franchement, manquait plus que ça. « C'est con, avec la villa qu'on s'apprête à construire pour Pedersen y'aurait de quoi impressionner pas mal de monde. Vous mettez que des photos de bâtiment terminés ? Montrer quelques plans ça pourrait le faire aussi, vous pensez ? » Elle se redresse, s'écarte un peu des tables pour leur faire de la place. « Si t'as besoin de plans papier, prends les miens. Je les ai laissés dans le bureau en haut. Par contre pour les créations virtuelles tu te débrouilles mieux alors ... 'fin je te laisse gérer, tu sais ce que tu fais. Puis t'es bien entouré, apparemment. » rajoute-t-elle en glissant un regard vers la photographe. « J'vous laisse bosser, je vais passer les coups de fils pour commencer à organiser les travaux pour Pedersen. Faut que ce soit fait rapidement. » Elle se tourne complètement vers Jude avant de reprendre, de son ton le plus charmant. « Je serais bien navrée de vous faire perdre davantage de temps encore, mademoiselle Gatling. En espérant que l'amabilité sera votre seule exigence : Si vous voulez bien m'excuser. »
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Ven 5 Fév - 22:43

Jude avait noté, lors de leur altercation au café, que l'inconnue était plutôt petite. Mais dans ce décors de chrome et de verre, avec du vrai parquet sous les quelques élégants tapis ça et là, de la moquette moelleuse et luxueuse dans la plupart des salles de réunions, au milieu des sièges en cuir et en acier oxydé disposés de façon rigoureusement ordonnée autour de la longue surface transparente, elle semblait plus grande. Peut-être était-ce les talons sur lesquelles elle se mouvait sans gêne aucune. Peut-être était-ce l'espace autour d'elle qui l'étouffait beaucoup moins que la foule et les tables rapprochées dans le café. Peut-être était-ce cette façon qu'elle avait de dominer la pièce. Toujours est-il qu'elle semblait ici parfaitement à l'aise.

Toujours postée à l'autre bout de la table, les mains dans les poches avant de son jean pour se donner une contenance, Jude observa l'inconnue jauger l'architecte présent. Yvan, de son prénom. Elle l'avait miraculeusement mémorisé quelque part dans un coin de sa tête, elle qui avait vite tendance à oublier le nom des gens qu'elle jugeait inintéressants, même ceux qui pouvaient lui être utiles. Une bonne pâte, avec un visage avenant mais un peu trop affable, des cheveux de prince charmant qui semblaient tenir par l'opération d'une divinité supérieure inconnue et un sourire probablement retouché pour un effet flashy médiocre. Une petite barbe venait compléter le lot de l'homme qui se voulait assez sûr de lui pour s'afficher un peu négligé sur son lieu de travail. Sympathique mais loin de sortir du lot des costumes cravates avec qui elle avait eu l'occasion de travailler par le passé. Jude n'a pas quitté l'inconnue des yeux et elle vit le frémissement des lèvres, le léger mouvement de la mâchoire indiquant une prise de parole imminente. « Samuelle Eriksen. Je vous dirais bien que vous êtes la bienvenue dans mon cabinet mais comme vous êtes aussi respectueuse qu'une adolescente en mal d'attention, je vais garder ça pour moi. » Cette fois, Jude ne fit aucun commentaire. Elle n'ouvrit même pas la bouche sous l'effet du choc. C'est à la fois une surprise et en même temps, habituée au coup du destin qu'elle était, elle se dit au fond qu'elle aurait dû le voir venir. Que forcément, c'était bien trop drôle comme ça, qu'il fallait toujours que ce foutu spectateur scénariste réalisateur se torde de rire en provoquant ce genre d’enchaînement. Une voix furieuse et blasée résonna dans son crâne, à la fois incrédule et lasse " oh that's just priceless. Seriously. " Elle songea que Jake allait adorer l'ironie. Les mots tourbillonnent encore dans l'air, vrillant ses oreilles comme une craie appuyée trop fort sur un vieux tableau noir. " Wait, is that ... " sa voix intérieur se marre. Jude venait seulement de réaliser que la formulation utilisée était en tout point similaire à celle qu'elle avait balancé à la tête de l'inconnue, quelques heures plus tôt, durant leur altercation au café. Elle serra les dents. Le rendez-vous qui avait si bien démarré s'annonçait désormais compromis. Après tout, c'était rien de moins que la patronne du cabinet qui venait d'interrompre la réunion, celle à qui Jude était supposée demander une interview exclusive pour le journal qu'elle représentait. " God damn you, you fucked spoiled little bitchy princess " songea Jude. Les jurons lui brûlaient les lèvres mais l'arrivée d'un troisième personnage la coupa dans son élan. Une chance, sinon elle aurait bien été capable de les lancer sans retenue aucune, ce qui lui aurait coûté vraiment très cher.

« Excusez mon retard ! Vous devez être mademoiselle Gatling ? Jesper Nielsen, enchanté ; c'est moi que vous avez eu au téléphone l'autre jour. » Le nouveau venu avait déjà bien plus de charme que le prénommé Yvan. Plus jeune, plus décontracté, moins du genre à en imposer grâce à son costume et sa montre hors de prix. Tout en lui respirait l'efficacité, l'assurance et la compétence, jusqu'aux lunettes carrées aux montures noires un peu geek. Jude lui adressa un sourire, reconnaissante pour son interruption. Vaguement, elle se souvint avoir eu quelqu'un au téléphone et elle s'était même fait la réflexion qu'il avait l'air drôlement compétent, qu'il savait exactement de quoi il parlait. Elle ne fit aucun commentaire car déjà, il se retournait vers celle qui était donc la dirigeante du cabinet, enthousiaste comme un môme coincé dans un corps de jeune adulte. « C'est Dan qui me l'a recommandée ! T'as vu les photos ? Franchement, elle est douée, heureusement que ton mec a l'œil, sinon on aurait encore fait appel à l'autre idiot de ... attends, il t'a pas dit ? T'as l'air surprise. ...et tu sens le café. » Jude arqua un sourcil, perplexe. Dan ? Surprise ? Pas dit quoi ? Elle esquissa un léger mouvement de la tête, interrogateur. D'un seul coup, elle avait l'impression d'avoir sauté à pieds joints dans un énorme traquenard qui entremêlait vie privée et vie professionnelle jusqu'à un point sensible de non-retour.

Son regard retourna sur celle qui n'était plus une inconnue, la dénommée Samuelle Eriksen. Elle avait légèrement cillé à la mention du prénom de Dan. Intriguée, la reporter s'attarda sur la physionomie de la patronne du cabinet. Des traits étrangement fins, pour une personne aussi assurée et sceptique. Un nez droit, légèrement retroussé mais gracieux, un front imposant mais souligné par des pommettes rebondies, à peine saillantes. Des yeux très sombres, avec une ligne de sourcil arrondie vers les bords et froncée vers le nez qui lui donnait un air défiant et méfiant, jamais impressionné. Sa bouche semblait détonner, au milieu de ces traits. Pulpeuses, pleines et légèrement recourbées aux coins, elle n'était pas forcément harmonisée au reste du visage mais ça ne la rendait que plus fascinante, d'autant plus qu'un menton volontaire et légèrement carré venait ajouter à son aura d'assurance et de défiance. D'aucun dirait d'elle qu'elle semblait hautaine et méprisante, à cause de ce visage atypique et jamais vraiment surpris. La rouquine se surprit à la trouver belle. Quelques instants plus tôt, elle l'avait trouvé sexy mais dans ce décors taillé pour elle, à la voir regarder les photos d'un air presque appréciateur, Jude la trouvait belle. Vraiment belle. Elle se gifla mentalement, incapable toutefois de détourner le regard. A nouveau, ce tressaillement, ce spasme prémonitoire. La patronne allait parler. Jude cligna des yeux une ou deux fois et se concentra un peu, peu désireuse de s'enfoncer plus loin dans le mépris que cette femme semblait vouer à tout le monde.

« Vous vous activez, un peu, ou vous restez plantés là à vous regarder dans le blanc des yeux ? » Jude serra les dents. Forcément, elle avait déjà remarqué que la jeune femme n'était pas réputée pour son amabilité. Elle allait répondre quelque chose de cinglant et de bien senti lorsque de nouveau, le dénommé Jesper lui sauva la mise « Oh, détends-toi, boss. Le célibat te réussit pas, décidément » Jude arqua un sourcil, l'ombre d'un sourire planant sur ses lèvres. Elle aimait bien ce petit jeune, capable de tenir tête à sa patronne sans sourciller. A côté, Yvan semblait vouloir disparaître. Déjà, la patronne enchaînait sur autre chose, visiblement désireuse de changer de sujet. De son ton toujours peu amène elle aboya « Elle est prévue pour quand, cette expo ? » Jude ne répondit pas et personne dans la pièce ne sembla lui en tenir rigueur. Elle avait compris que tant que la "boss" n'aurait pas tout dit, elle n'avait pas besoin de parler. Ce serait gâcher de l'énergie. « C'est con, avec la villa qu'on s'apprête à construire pour Pedersen y'aurait de quoi impressionner pas mal de monde. Vous mettez que des photos de bâtiment terminés ? Montrer quelques plans ça pourrait le faire aussi, vous pensez ? » Après quelques mots à l'adresse du dénommé Jesper, elle s'excusa et commença à se diriger vers la sortie. Elle s'arrêta cependant à mi-chemin pour se retourner vers la photographe. Jude sentit la pique arriver avant même de noter les signes précurseurs qui indiquaient que la petite brune s'apprêtait à parler. Et ça ne manqua pas « Je serais bien navrée de vous faire perdre davantage de temps encore, mademoiselle Gatling. En espérant que l'amabilité sera votre seule exigence : Si vous voulez bien m'excuser. »

Jude était d'un naturel spontané, libre et plutôt franc. Elle bougea donc avant d'avoir eu la présence d'esprit de réfléchir, lançant d'un ton presque amusé « En réalité, si je pouvais juste solliciter quelques minutes de plus de votre précieux temps ... » Elle s'empara du dossier contenant ses meilleures photos, celles qu'elle réservait pour justifier ses talents afin de se frayer un meilleur chemin vers l'interview et contourna la table. D'un pas assuré et calme, elle traversa la pièce pour s'approcher de la patronne en déclarant simplement « L'exposition est prévue pour dans trois mois, jour pour jour. Le choix des images est pratiquement arrêté mais puisque vous êtes présentement dans la pièce, je voudrais votre avis sur cette sélection. » Elle ouvrit le dossier cartonné et fit défiler les clichés, assez vite pour ne pas faire perdre de temps mais suffisamment lentement pour laisser le temps à son interlocutrice de les apprécier. « Comme vous pouvez le voir, il s'agit de bâtiments plus anciens, moins modernes. Je songeais éventuellement, avec votre accord bien entendu, insérer quelques-uns de ces succès dans l'exposition, qui présente vos œuvres les plus récentes, plus modernes donc. » Passionnée, enflammée et portée par le véritable amour qu'elle vouait à son métier, Jude en devenait exaltée. Sa voix ne comportait plus aucune malice et elle était entièrement concentrée sur ce qu'elle faisait. « Je me doute que vous n'avez pas le temps de vous décider tout de suite, je propose donc de vous laisser le dossier afin que vous puissiez sélectionner ce que vous souhaitez voir exposé. Il reste de la place pour cinq photographies supplémentaires. » Elle prit soin de laisser le dossier entre les mains de la jeune femme et retourna près de la table pour attraper sa tablette. Elle appuya dessus, fit défiler son doigt et une projection apparut soudain sur le tableau de verre prévu à cet effet. Un plan de l'exposition, avec un parcours, des titres, des cercles, des rectangles ... Un croquis très précis, en 2D mais avec une légende pertinente et des suggestions entre parenthèses à certains endroits. Elle déclara alors à la cantonade, sans s'adresser à quelqu'un en particulier « L'idée de glisser des plans dans l'exposition est excellente mais je propose une version ... altérée. Ou du moins, incomplète. » Elle se retourna pour faire face à son public, surprenant des regards perplexes. Elle leva une main pour empêcher d'éventuelles protestations, se justifiant immédiatement « Ce genre d’événement, bien que sur invitation uniquement, est un véritable nid d'espion et votre cabinet » expliqua-t-elle en regardant la patronne droit dans les yeux « représente un concurrent énorme et difficile pour la plupart des architectes du pays, sinon du continent. » Elle n'exagérait presque pas. Jude avait déjà vu des cas d'espionnage industriels poussés, sur des sujets auxquels les gens ne pensaient même pas. Elle s'adressait à Samuelle Eriksen comme à une véritable cliente et non plus comme à une princesse. Guidée par sa passion, claire, précise, elle ajouta « Une version altérée des plans ou simplement un plan tronqué permet de donner une vision précise de votre travail et les professionnels pourront en apprécier la qualité, le tout en évitant que ces plans soient volés et que votre projet se retrouve sur le marché avant le vôtre. » A l'écouter, on pourrait croire qu'elle a fait ça toute sa vie. Son amour des bâtiments, de la photographie et sa fierté pour l'exposition à venir la rend extrêmement compétente. Sur un sourire presque rêveur, elle demanda à Yvan et à Jesper « Votre dirigeante a suggéré d'inclure des plans. Je propose même d'animer un peu plus l'exposition avec des maquettes, je présume que vous en avez quelques-unes ? » Mais elle n'écouta pas la réponse, se retournant vers le tableau d'un air songeur.

D'un geste vif, elle redressa la tablette numérique et se mit à taper dessus, d'une main. Sur l'écran en verre, d'autres suggestions entre parenthèses vinrent compléter celles qui s'étalaient déjà. Elle reprit ensuite « Je propose que nous passions ensuite à la disposition de l'exposition, placement des photos, ordre, tailles, éclairage ... » Elle tapota sa tablette et une animation se lança sur le tableau, en 3D. Sommaire, mais un premier aperçu du parcours, avec un ordre provisoire et la taille des photos affichée en haut à droite de chaque image défila comme si un véritable spectateur se promenait au sein de l'exposition fictive. « Ce n'est, bien entendu, qu'un tout premier jet ... » Elle déposa sa tablette sur le bord de la table en verre, non loin des dossiers éparpillés un peu partout. D'un geste assuré, elle se servit un verre d'eau et en avala quelques gorgées avant de se retourner vers son audience, arquant un sourcil perplexe. Pourquoi restaient-ils tous immobiles et silencieux, tous ? Elle inclina légèrement la tête sur le côté, interrogatrice.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Lun 8 Fév - 19:27

Au moment exact où la fameuse Jude reprend la parole pour la retenir, Sam perçoit le regard appréciateur que lui lance Jesper, et elle fronce les sourcils. Ce doit être une plaisanterie, ses propres employés se mettent à tomber sous le charme des sales gamines insolentes supposées travailler pour eux. C'est en tout cas ce qu'elle suppose, elle, la boss, bien drapée dans sa mauvaise foi. De toute façon, Jesper l'a toujours trouvée trop sérieuse. Depuis le début il cherche à la dérider. Depuis qu'il y est arrivé une ou deux fois par elle ne sait trop quel miracle, le gamin se croit tout permis. Lui qui redouble sans cesse d'insolence et d'ingéniosité pour la faire réagir doit être bien heureux de tomber sur quelqu'un d'autre capable de tenir tête à la Patronne dans cette boite où un simple regard de sa part peut faire taire à peu près n'importe qui.
La Eriksen a presque osé croire qu'elle en avait fini avec les sarcasmes de la rouquine lorsque, après avoir donné son nom, l'autre avait daigné faire montre d'un peu de respect en ne répliquant rien. Sans doute la photographe ne s'est-elle pas attendue à tomber sur la fondatrice du cabinet directement ; sinon, s'il est possible de l'espérer, elle aurait peut-être tenu un peu plus sa langue, plus tôt, dans le café. Mais ça ne l'arrête pas, visiblement, la revoilà qui parle de solliciter encore un peu plus de son temps. L'architecte s'immobilise, contrariée, peut-être davantage par l'air satisfait de Jesper – à qui elle jette un regard noir avant de se tourner à nouveau vers la miss Gatling – que par la perspective de passer encore un peu de temps dans la pièce. Après tout, si la jeune femme a été capable de prendre des photos d'une telle qualité, et de retenir ses sarcasmes depuis quelques minutes, peut-être est-il une chance pour qu'elle ne lui fasse pas perdre trop de temps, et que son intervention soit pertinente.

La rousse se saisit d'un dossier posé au bout de la table, avant de contourner cette dernière pour rejoindre la Eriksen, près de la sortie, en répondant enfin à sa question par la même occasion. Trois mois ; début Février, donc. Sam hausse un sourcil, jette un œil du côté de Jesper. Lequel hausse les épaules, une petite moue contrariée sur le visage. C'est bien ce qui lui semblait : il n'est pour rien à cette avance raisonnable, c'est sans doute Yvan qui est derrière l'organisation administrative de cette expo. Le jeune architecte est d'un talent plus que remarquable mais niveau organisation, c'est une véritable catastrophe. Du genre à tout faire au dernier moment … et à le faire bien. Ca exaspère pas mal sa patronne mais étant donné la qualité de son travail, elle ne peut vraiment rien lui reprocher. Le temps d'envoyer les invitations de façon à avoir un maximum de réponses positives nécessitait une certaine avance, et l'influence d'Yvan pour faire rentrer une telle information de la tête de nœuds de son jeune collègue n'aura pas été de trop.
Sam retourne son regard vers la photographe qui s'approche toujours, enchaînant sur une sélection de photos pour laquelle elle demande son avis. La rouquine est assez proche désormais et elle se place dos à la Eriksen pour la laisser observer les images par dessus son épaule tandis qu'elle les fait défiler les une après les autres. Les arômes légèrement sucrés de la jeune femme lui apparaissent plus nettement que tout à l'heure, dans le café plein à craquer. L'architecte fronce légèrement les sourcils, intriguée. L'odeur est douce, discrètement perceptible. Pas fruitée, elle ne saurait pas trop quel adjectif lui prêter. Au moins agréable, elle le lui accorde.
Bref. Photographies.
Sam reconnaît sans mal les bâtiments sur les clichés. Ils sont parmi les premiers réalisés par le cabinet, au moment où elle s'est lancée indépendamment. Avant que le succès ne vienne frapper à sa porte, qu'elle agrandisse les locaux et qu'elle commence à embaucher d'autres architectes. Les constructions photographiées, c'est elle-même qui en a dessiné les plans. Et elle en est fière, pas seulement parce que ce sont ceux qui ont causé son succès et permis à son activité de décoller, mais aussi parce que, comme le souligne Jude, ils sont plus anciens de manière visible. En bonne entrepreneuse, elle a été capable de s'adapter à la demande, laquelle se situe de plus en plus dans la modernité, la domotique … tout doit être lisse et brillant. Les gens ne savent plus apprécier le charme et le génie des siècles d'architecture qui s'étendent derrière eux. Ceux-là mêmes à qui elle a voulu rendre hommage en dessinant ces bâtiments. Dieu merci, il y avait encore des gens capables d'apprécier ce genre d'architecture à ce moment là. C'est moins évident aujourd'hui... la photographe n'a pourtant pas l'air de cet avis ; l'enthousiasme que trahit le ton de sa voix n'est pas pour déplaire à  la Eriksen, qui attend patiemment la suite, gardant bien en main le dossier que lui laisse la jeune femme en repartant. Cinq photos. Le plus compliqué sera sûrement de les choisir ; l'idée lui plaît un peu trop, elle devrait sans doute se méfier.

La miss Gatling s'est redirigée vers la table pour manipuler sa tablette. Elle n'a pas demandé à Sam d'attendre plus longtemps, mais celle-ci n'a pas bougé, presque curieuse de voir la suite. Le professionnalisme de la rouquine n'est vraiment pas pour lui déplaire et si son expression ne trahit toujours pas le moindre enthousiasme, elle apprécie ce revirement. Bien entendu, ça n'excuse et ne justifie en rien son comportement ridicule dans le café, et même lors de son arrivée dans cette salle de réunion … mais l'architecte est capable de faire la part des choses.

Un plan de l'exposition apparaît sur l'un des murs de la pièce alors qu'elle reprend la parole. Une version altérée ou incomplète des plans. Sam fronce à nouveau les sourcils en dévisageant la jeune femme. Dix minutes plus tôt, elle serait intervenue pour demander des explications et exprimer sa perplexité. Néanmoins, le sérieux dont a su faire preuve la photographe, associé à son geste de la main, lui font garder le silence en attendant la suite. Les yeux verts de la jeune femme se plantent dans les siens avec cette même fermeté qu'elle avait été surprise de remarquer un peu plus tôt. Sam soutient le regard sans ciller. Espionnage industriel … elle n'y avait pas pensé. Pensive, elle a un lent hochement de la tête, à peine perceptible, tandis qu'elle se demande combien d'erreurs de ce genre elle a déjà commises par le passé. Heureusement que cette exposition est la première du genre à être organisée, ça limite les risques que des informations aient déjà été volées. Elle aurait dû y penser elle-même, se dit-elle, clairement agacée cette fois-ci.
Lancée sur son travail, elle fait carburer son cerveau et envisage sans mal quelles modifications à apporter pour laisser son travail être apprécié sans rien dévoiler qui puisse lui nuire. En pratique, rien de compliqué. Encore faut-il qu'elle y ait pensé. C'est plus son boulot à elle que celui d'une photographe.
Alors que cette dernière s'adresse aux deux autres architectes, Samuelle s'approche lentement de la table jusqu'à pouvoir s'y appuyer, jambes tendues, chevilles croisées. Sans un mot, elle observe la rouquine qui n'a plus rien d'une adolescente et qui parle aux deux autres comme si elle avait fait ça toute sa vie, avançant une autre idée que la Eriksen trouve excellente. Elle la note dans un coin de sa tête, avant de remarquer que Yvan s'applique, de son côté, à prendre des notes de façon plus littérale. Jude, de son côté, rajoute les indications directement sur le plan. En voilà une qui n'a visiblement pas peur d'user et abuser de la technologie. Encore un point sur lequel Sam se trouve au contraire légèrement à la ramasse.

L'image a l'écran change, et le plan disparaît pour laisser place à une représentation en 3D, annotée toujours aussi précisément. C'est impressionnant et si l'architecte ne le ferait remarquer pour rien au monde, elle ne peut pas faire comme si toutes ces initiatives – aussi pertinentes, qui plus est – ne l'enthousiasmaient pas. « Un tout premier jet qu'on va s'empresser de préciser. » fait-elle, sérieuse sans être agressive, cette fois. « Yvan, va me chercher les plans que j'ai laissés là-haut, dans le bureau B, et fais-moi-en une photocopie » ajoute-t-elle avant de se redresser et de s'approcher du tableau tandis que l'homme s'empresse de sortir de la pièce. « Repassez en 2D, on verra le rendu ensuite. » Elle parle peu, le visage tendu dans une expression concentrée. L'amabilité n'est toujours pas au rendez-vous mais le son de sa voix semble presque doux en comparaison avec la façon dont elle s'exprimait un peu plus tôt. « Puisqu'il y a un ordre aux photos, je pense qu'on peut commencer par les bâtiments les plus classiques. On doit présenter ça presque comme une argumentation, donc aller vers le plus convainquant. » Le plan est à nouveau affiché au mur, et elle montre de la main les premiers emplacements. « Ici et là, sur le premier segment, on pourrait afficher les photos des locaux qui ont été refaits pour le centre commercial de Bispebjerg. Ce sont plus des rénovations que des constructions à proprement parler, mais un « avant-après » peut être percutant. » Sa main continue un peu vers la droite, vers les emplacements suivants, tandis que les doigts de sa main gauche se placent à l'arrière de sa taille, machinalement. « Après, je ne sais pas trop. Est-ce qu'on va du plus attendu, plus classique, au plus impressionnant ? Ca me semble plus pertinent qu'un ordre chronologique, mais peut-être que par thème ça peut aussi être intéressant. On est très polyvalents, il y a autant de créations pour des industriels que pour des particuliers. Ca leur évitera de passer des bureaux high-tech aux maisons plus personnalisées de certaines clients … d'ailleurs j'espère que t'as pensé à demander les autorisations ? » Ajoute-t-elle en tournant la tête vers Jesper, qui acquiesce distraitement sans lâcher le plan des yeux. Bon, c'est toujours ça. Yvan choisit ce moment pour débarquer, chargé des tubes en carbone qui contiennes les plans et et les croquis qu'elle a dessinés. En l'entendant arriver, Sam s'éloigne du mur et s'empare des documents en hochant la tête en guise de remerciement. « Je vais reprendre les plans maintenant, comme ça ce sera fait. Comme ça vous me donnerez votre avis sur ce que je devrais dissimuler. » Ce n'est pas vraiment une question mais quelque chose lui dit que la photographe ne s'en formalisera pas. Habilement, elle retire le capuchon des tubes et en extirpe les immenses feuilles de papiers qu'elle étale sur la table après avoir vérifié qu'il s'agissait bien des photocopies, et non des originales. La feuille de droite est un croquis qui représente une vue d'ensemble de la villa, en vue légèrement plongeante. « Je ne vais pas toucher à celui-là, j'aurais du mal à modifier le dessin sans dénaturer mon travail. Je vais juste modifier les plans ; il faudra le préciser dans la légende, forcément. » Dégainant un crayon carbone de sa poche, elle vint le placer entre ses dents avant de se débarrasser de la veste de tailleur un peu trop cintrée pour travailler sur un document si grand. Jetant un regard à Jude, elle attend que cette dernière la rejoigne près de la table pour désigner de sa main gauche les parties les plus délicates. « Je pensais modifier ces zones là, mais j'ai peur que le schema semble simpliste, après. Tout le modèle est basé sur les anciennes villas romaines qu'on trouvait plus au Sud de l'Europe … la plupart des vestiges qui restaient ont été détruits pendant la guerre. C'est d'un gâchis pitoyable. » Elle grince ces derniers mots avec amertume, réellement affligée, attendant le commentaire de la jolie rousse donc les arômes reviennent voleter autour d'elle.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Dim 28 Fév - 12:07

Mais déjà, la fondatrice du cabinet rebondissait sur ses dires et ses propositions d'un ton très sérieux ; « Un tout premier jet qu'on va s'empresser de préciser. »

Tout s’enchaîna rapidement à partir d'ici. Chacun des individus présents dans la salle de réunion connaissait parfaitement son rôle mais ils suivaient tous les directives de leur patronne, qui lançait des ordres de façon assurée, concentrée et quelque peu autoritaire. Une femme de pouvoir, habituée à être écoutée et à ce que ses injonctions soient aussitôt mises en oeuvre, sans délai aucun. Alors que l'architecte au costume ultra voyant et aux manières prudentes s'en allait chercher des plans, la directrice lui demanda de repasser en 2D. Machinalement, sans même protester contre le fait qu'une inconnue lui donnait des ordres, la photographe obtempéra et tapota sur sa tablette pour de nouveau afficher sur l'écran de verre le plan sommaire, un peu brut mais déjà précis qu'elle avait montré un peu plus tôt.

Légèrement fascinée, Jude observa la dénommée Eriksen s'approcher du tableau pour proposer ses idées, ses initiatives. Du bout des doigts, elle chemina à travers ses propositions afin de les démontrer en pratique, son autre main allant se placer dans son dos, presque au creux de ses reins. Jude n'écoutait déjà plus, captivée par cette femme qui malgré sa petite taille et un caractère visiblement teigneux, imposait son aura assurée et autoritaire sans fournir le moindre effort. Elle respirait l'intelligence et la force de caractère, avec les défauts habituels des gens trop indépendants et trop habitués à l'obéissance des autres. Les vices du leader, comme Jude aimait à les appeler. La directrice du cabinet d'architecte poursuivit son exposé d'un ton légèrement plus rêveur, avançant des idées un peu floues et sur lesquelles elle semblait attendre un avis. Le changement d'intonation suffit à ramener Jude au présent et elle ouvrit une page de note sur sa tablette pour noter rapidement les points évoqués par l'oratrice. La prise de note était, comme à son habitude, brouillonne et précipitée mais elle savait précisément comment s'y retrouver et elle avait, de toute manière, une excellente mémoire quand elle le voulait. Sélective, mais excellente.

Du coin de l'oeil et tout en terminant de prendre des notes, elle surprit l'échange de regard entre la patronne et l'architecte prénommé Jesper, le plus jeune. Un geste complice mais empreint d'une certaine forme de respect quand même.  Une relation à la fois professionnelle et avec les prémices de quelque chose de plus privé, personnel, amical. C'est à ce moment précis que l'autre architecte revint avec les rouleaux typiques de la profession qui contenaient les plans. Jude fronça un instant les sourcils en cherchant vainement à se rappeler du nom du type. Super douche suit, comme elle l'avait déjà surnommé, avait un prénom banal et malgré le fait qu'elle venait de l'entendre plusieurs fois, elle ne l'avait pas retenu. Elle ferait sans, ça ne l'avait jamais arrêté avant. Elle retourna son attention sur l'architecte principale, petit bout de femme déjà en train d'étaler les plans sur l'immense table en verre. Il y avait quelque chose de terriblement puissant, dans ce spectacle.

« Je ne vais pas toucher à celui-là, j'aurais du mal à modifier le dessin sans dénaturer mon travail. Je vais juste modifier les plans ; il faudra le préciser dans la légende, forcément. » Rappelée au présent, Jude s'approcha de quelques pas sans quitter la dénommée Samuelle des yeux. Lorsque cette dernière retira sa veste, stylo entre les dents, Jude observa la tâche de café sur le chemisier. De justesse, elle retint un sourire amusé et s'approcha un peu plus pour observer les plans. Son avis était requis et elle n'allait pas se priver de pouvoir le donner.  « Je pensais modifier ces zones là, mais j'ai peur que le schéma semble simpliste, après. Tout le modèle est basé sur les anciennes villas romaines qu'on trouvait plus au Sud de l'Europe … la plupart des vestiges qui restaient ont été détruits pendant la guerre. C'est d'un gâchis pitoyable. » Jude tourna la tête vers la petite brune, surprise par le ton amer et agacé presque autant que par l'évocation d'anciennes structures architecturales. Elle ne devrait pas être étonnée, elle le savait, mais le fait que la directrice du plus grand cabinet de la ville et peut-être même du pays soit aussi une connaisseuse en architecture ancienne la laissait un peu pantoise.

Il lui fallut quelques secondes pour réagir, replongeant la tête la première dans le travail en s'efforçant tant bien que mal de faire abstraction de la directrice. « Je suis tout à fait d'accord avec vous, c'est une tragédie, ce gâchis. Mais il reste encore des gens comme ... vous, pour s'en rappeler et s'en inspirer. De mon point de vue, je ne vois pas de plus bel hommage ni de plus belle façon de ne pas laisser mourir cet héritage. » Elle esquissa un petit sourire encourageant avant de se pencher sur le plan en question, l'observant d'un oeil critique et analytique. Elle était loin d'être une vraie professionnelle dans la matière et si l'architecture la fascinait, elle préférait le résultat à la conception. Elle aimait le beau, l'artistique et l'esthétique, elle n'avait jamais été une grande passionnée des lignes, des mesures et des plans papiers. Cependant, le tracé qu'elle avait sous le nez recelait une certaine beauté, tant de rigueur concentrée dans un schéma, les esquisses puissantes et solides, segments après segments, légende après légende ... « Je préfère prévenir tout de suite, je n'ai absolument aucune formation ni accréditation pour commenter ce genre de plan. Mon avis n'est pas du tout professionnel sur ce sujet. Toutefois, je vous conseille tout de même de gommer une partie des détails qui ornent la villa. Je veux dire, le tracé d'origine, les fondations et l'allure générale peuvent tout à fait rester en place mais les colonnades, l'orientation du toit, les ornements suggérés ... s'ils n'apparaissent pas, ils ne dénaturent pas tant que ça le plan et cela permet d'éviter de donner trop d'informations sur vos méthodes de conception et aussi sur l'identité du client final. Après tout, dans le milieu, il est très facile de savoir à qui on a affaire ... »

En observant l'air un peu sceptique de la directrice, Jude attrapa sa tablette et fit une photo du plan affiché devant elles. Elle l'envoya sur l'écran de verre, à la place de la simulation en 2D et, à l'aide d'un outil de retouche, elle entreprit de gommer les détails dont elle venait de parler. « C'est très grossier et absolument pas rigoureux ni propre mais ça donne une idée générale de ce que vous pourrez présenter sans craindre de l'espionnage industriel » Quelques secondes plus tard, l'écran de verre afficha un plan plus sommaire mais toujours plus ou moins fidèle à l'idée de départ. « Il faut garder en tête que vous présentez votre cabinet, votre travail et vos méthodes mais vous ne bradez rien. Vous devez donner envie aux gens de faire appel à vous sans permettre à la concurrence de voler vos idées. Donc les photos, les plans et les maquettes doivent être pensées et étudiées pour donner une idée générale mais aucun détail particulier, cela doit rester votre signature. » Jude esquissa un sourire encourageant avant de remettre la simulation en 2D sur le tableau de verre.

Rapidement, elle étudia l'idée avant de se retourner vers les trois architectes en disant « Si je peux me permettre, l'idée d'une exposition linéaire est très courante et relativement banale, surtout dans votre domaine d'expertise. Je peux vous proposer un parcours plus atypique. Une alternance entre ancien, contemporain et futuriste, avec un jeu de couleur ou de matériaux, un parcours original et novateur. Après tout, l'idée est aussi de faire de la publicité et donc un peu de marketing. S'aligner sur des méthodes déjà approuvées et éprouvées est un pari prudent et dénué de risque mais avec peu de résultat à la clef. » D'un geste assuré et rapide, elle envoya une nouvelle simulation sur l'écran. Le plan général de la disposition des lieux mais sans présentation de photo, de maquette ou de plan, une salle vierge et vide.

« Je propose de commencer par, comme vous l'avez suggéré, les photos des locaux réalisés pour le centre commercial de Bispebjerg. Un avant/pendant/après le long d'un couloir avec des photos de chaque côté pour donner une meilleure perspective. Par exemple ... » Elle tapota sur sa tablette et envoya, sur le pan de mur à droite, les quelques images de avant les travaux. Elle enchaîna, sur le mur de gauche, un peu plus loin, avec les photos de pendant et à nouveau sur la droite, les travaux terminés, avec en fin une image de l'innovation avec le maire, le gratin politique et les employés concernés. « Ainsi, les invités auront réellement l'impression de voyager dans le temps, avec un aperçu réel et temporel du travail effectué. Ensuite, passer à une construction beaucoup plus ancienne, avec des photos du résultat directement et ensuite une régression dans le temps jusqu'à l'AVANT, avec à côté un plan sommaire des travaux qui vous ont été confiés. Et ainsi de suite, sans suivre les codes et les attentes. Surprenez vos invités, rendez les curieux et intrigués. »

Elle réalisa soudain qu'elle était la seule à parler et à bouger, depuis qu'elle avait suggéré de gommer les détails du plan. Interloquée, elle arqua un sourcil et observa les architectes à tour de rôle jusqu'à ce que le dénommé Jesper applaudisse ouvertement. Le bruit manqua de la faire sursauter, après le silence un peu gênant qui s'était installé. Perplexe, elle darda sur lui un regard interrogateur. « J'approuve absolument toutes vos idées, Miss Gatling. Je n'ai aucun doute sur le fait que ma tyrannique patronne soit de mon avis. Pouvez-vous organiser de A à Z l'exposition, avec la disposition des photos sur place, l'agencement des maquettes, des plans, de la lumière et ... » Jude leva une main pour l'interrompre sans lui couper réellement la parole et l'architecte hocha la tête pour lui permettre de parler. « Je peux tout gérer si vous le souhaitez, de l'exposition jusqu'au traiteur et compagnie. Je ne demanderais qu'une faveur en échange. » Elle entendit à peine Jesper dire quelque chose comme "tout ce que vous voudrez " car déjà, elle s'était tournée vers la patronne. Il était temps de jouer ses cartes correctement. Son patron lui avait demandé un entretien privé avec la directrice du cabinet et c'était maintenant ou jamais. « Comme vous le savez, je travaille principalement pour le quotidien The Copenhagen Post et il se trouve que nous sortons bientôt un magasine hors-série présentant différentes personnalités de la ville. Nous souhaiterions sortir le premier numéro sur vous, Miss Eriksen, cela nous permettrait en outre de lancer une rubrique architecture dans le quotidien. Je me permets donc de solliciter un entretien particulier avec vous, afin de pouvoir recueillir les informations sur votre parcours, sur la création du cabinet et sur son succès. A la date et à l'heure qui vous conviendra, je saurais me libérer pour vous. »

Jude termina sa tirade en esquissant un sourire dénué d'arrière-pensée. Elle avait su apprécier le professionnalisme de la directrice du cabinet et elle pouvait bien fournir des efforts pour adoucir le terrain entre elles, au moins pour les besoins de sa carrière. En dehors, c'était une autre histoire. L'idée de suggérer l'entretien autour d'un café lui brûlait les lèvres mais elle se garda bien de la lancer, ne voulant pas gâcher ses chances. Son boss étant réellement irascible, elle ne pouvait pas se permettre de risquer de perdre l'entretien.
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MessageSujet: Re: You were only in my way • Gatsen   Ven 8 Avr - 11:21

« Je suis tout à fait d'accord avec vous, c'est une tragédie, ce gâchis. Mais il reste encore des gens comme ... vous, pour s'en rappeler et s'en inspirer. De mon point de vue, je ne vois pas de plus bel hommage ni de plus belle façon de ne pas laisser mourir cet héritage. » Sam glisse un regard étonné vers la photographe. Elle ne s'attendait pas à ça. La plupart des gens ne savent même plus ce qu'est une villa dans le sens premier du terme et la majorité de ceux qui ont quelques connaissances sur la question trouvent cette architecture dépassée et indigne d'intérêt. A condition que les personnes interrogées aient quelque notion en architecture, ce qui n'est souvent pas le cas. Les villae ne désignent plus, dans l'opinion public, que des espèces de tas de ruines sans valeur ni intérêt, dans un autre côté de l'Europe. Si elle avait compris que la miss Gatling était loin de suivre la généralité sur un certain nombre de points, et si elle avait fini par apprécier son professionnalisme, elle ne s'attendait pas à ce que l'inverse soit vrai et encore moins à ce qu'elle s'y connaisse un tant soit peu en ancienne architecture latine.


Elle reporte son attention sur le plan en écoutant les commentaires de la rouquine. Commentaires pertinents, qui plus est. Observant la projection sur le mur, elle annote le document étalé devant elle du bout de son crayon en fonction des modifications suggérées. Elle a eu dans l'idée de modifier directement le dessin mais elle a besoin de réfléchir un tant soit peu aux changements qu'elle va effectuer ou non. La décision lui revient, même si elle tiendrait évidemment compte des avis qu'elle a demandés. En témoignent les annotations précises qui commencent à joncher les marges de la feuille A1.


Jude enchaîne sur les enjeux de l'exposition, les objectifs et les contraintes. La Eriksen a déjà conscience de tout ça, et au fond cette exposition n'est pas vraiment de son ressort puisque c'est le projet de Jesper et qu'il l'a mené depuis le début. D'ailleurs, il boit les paroles de la photographe comme si elle était l'incarnation d'une quelconque divinité. Si Samuelle n'avait pas été concentrée sur l'aspect professionnel de la situation, elle ne se serait pas gênée pour lui faire part de son exaspération.
D'un autre côté, elle ne peut que reconnaître que les avis de la photographes sont plus qu'utiles et pertinents. Si elle n'a aucune formation en architecture ou en dessin, elle n'en demeure pas moins plus experte que chacun d'entre eux en présentations et expositions. Quoi qu'il en coûte à l'architecte, elle est bien obligée de le reconnaître. C'est ce qu'elle se dit en observant un peu distraitement la jeune femme, tandis qu'elle s'arrête de parler pour les dévisager. Elle croise son regard, le soutient sans ciller. Le silence s'étire. Elle a dû se rendre compte qu'elle monopolisait la parole alors qu'elle est la personne avec le moins de qualification dans la pièce. Piqûre d'humilité ? Songeant vaguement à quel point elle est mauvaise langue, l'architecte sursaute en entendant le premier claquement des mains de son employé. Elle fronce les sourcils. « J'approuve absolument toutes vos idées, Miss Gatling. Je n'ai aucun doute sur le fait que ma tyrannique patronne soit de mon avis. Pouvez-vous organiser de A à Z l'exposition, avec la disposition des photos sur place, l'agencement des maquettes, des plans, de la lumière et ... » Et pourquoi il ne lui propose pas de l'embaucher tant qu'on y est ? Quant à parler au nom de sa patronne, il s'avance quand même sacrément, le môme ; peut-être qu'ils sont en bons termes mais soudainement, elle le trouve un peu trop sûr de lui. Assez pour confier l'intégralité de son projet à une étrangère, en tout cas. Elle se retient d'intervenir. Après tout, c'est son expo à lui. Bon, c'est sa boîte à elle qui est représentée, mais elle ne se fait pas de soucis là-dessus. La photographe sait ce qu'elle fait, de toute évidence. Sam, de son côté, l'aurait quand même drôlement mauvaise de remettre à quelqu'un d'autre la responsabilité d'un projet qu'elle aurait elle-même agencé. Mais Jesper fait ce qu'il veut, tant que ça n'a pas de conséquence regrettable pour le cabinet. « Je peux tout gérer si vous le souhaitez, de l'exposition jusqu'au traiteur et compagnie. Je ne demanderais qu'une faveur en échange. » Allons bon, de mieux en mieux. L'architecte lève les yeux au ciel en s'appliquant à rouler à nouveau les plans qu'elle s'apprête à ranger dans leurs étuis pour les retravailler chez elle, quand elle perçoit le mouvement de Jude, qui s'adresse directement à elle. « Comme vous le savez, je travaille principalement pour le quotidien The Copenhagen Post et il se trouve que nous sortons bientôt un magasine hors-série présentant différentes personnalités de la ville. Nous souhaiterions sortir le premier numéro sur vous, Miss Eriksen, cela nous permettrait en outre de lancer une rubrique architecture dans le quotidien. Je me permets donc de solliciter un entretien particulier avec vous, afin de pouvoir recueillir les informations sur votre parcours, sur la création du cabinet et sur son succès. A la date et à l'heure qui vous conviendra, je saurais me libérer pour vous. »


Premièrement, non, elle n'en savait rien, au sujet du Copenhagen Post ; mais peu importe. Son premier réflexe aurait été de refuser ; mais elle hésite, étrangement. Elle n'a jamais aimé les interviews et maintenant qu'elle a assez de renommée pour s'en passer, elle ne voit pas vraiment pourquoi elle s'infligerait ça. Ce que lui présente la jeune femme, pourtant, semble un tremplin non négligeable non pas pour sa carrière, mais pour la propagation de valeurs qu'elle partage et dont elle déplore la portée terriblement trop courte. L'architecture est une discipline omniprésente que bien peu de gens comprennent. Est-ce que ce ne serait pas une occasion en or de démocratiser un peu plus le premier des arts ? « Très bien. » fit-elle, après quelques secondes de délibération interne. « Donnez-moi votre numéro de téléphone, je vous contacte rapidement. » Pour l'amabilité, on repassera. Mais bon, la miss Gatling doit commencer à prendre l'habitude. Dégainant son propre smartphone, Sam y enregistre les coordonnées de la photographe avant de finir de ranger les immenses feuilles de dessins. « Je vais reprendre les plans, ils seront prêts demain ou après-demain. » ajoute-t-elle en tournant la tête vers un Jesper occupé à fixer distraitement une certaine photographe. Un soupir exaspéré plus tard, il comprend que c'est à lui que sa patronne s'adresse et il se reprend en se raclant la gorge l'air de rien. « Oui, très bien. Enfin y'a le temps tu sais, c'est encore dans un moment. A la vitesse à laquelle on avance, on va être larges sur le timming. » « Tant mieux, alors, ça changera de tes plans foireux finis à la dernière minute. » Grogne-t-elle en chargeant les étuis cylindriques sur son épaule et en s'emparant de sa veste de tailleur qu'elle installe en travers de son avant-bras. « Je vous laisse, j'ai encore une montagne de choses à faire et j'avais pas exactement prévu cette pause photo dans mon emploi du temps. » Se tournant vers Jude, elle ajoute « Miss Gatling. Je vous recontacte. » en lui serrant la main, peut-être un peu sèchement, en guise de salut. Étrangement, elle se sent un peu dérangée. Comme si les choses ne s'étaient pas passées comme elles l'auraient dû. Elle glisse un dernier regard jusqu'aux yeux verts de la photographe. Est-ce que c'est sa faute ? Sans prendre le temps de s'interroger plus longuement, elle tourne les talons pour rejoindre la sortie du local. « Original, ton chemisier ! C'était ça, l'odeur de café froid. En tout cas c'est moins … classique, comme fringue. Tu devrais opter pour ce genre de motifs plus souvent. » Elle s'immobilise, tourne la tête pour constater que, comme elle s'y attend, Jesper la toise avec un grand sourire goguenard. Elle jette un œil jusqu'à Jude, l'air d'hésiter à lâcher ce qu'elle a sur le bout de la langue. Décide finalement que la miss Gatling n'est plus à ça près, après leur échange un peu plus tôt. « Ta gueule, Jesper. » Trois secondes plus tard, le bruit de ses talons claquant sur le sol disparaît lorsque la porte se referme derrière elle.
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